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Michel Mahiet et la pêche côtière au Mont-Louis

1744-1759

par Mario Mimeault

 

Cet article a déjà été publié sous le même titre dans la Revue d'histoire de la Gaspésie (vol. 17, no 2, avril-juin 1979, p. 4-19). Compte tenu de l’intérêt du sujet, comme le prouvent les nombreuses références des différents collaborateurs du Site Internet Migrations, l’auteur présente ici son texte avec des précisions, additions et corrections qui s’imposent à la lumière de la documentation découvertes depuis sa publication initiale.

 

LE PROPRIÉTAIRE

 

La première mention de Michel Mahiet au Canada remonte aux années 1730. Sitôt arrivé dans la colonie, Mahiet s'engagea dans le commerce maritime et, en tant que navigateur, il fut amené à parcourir le bas du fleuve Saint-Laurent. En 1745, il s'installait tout près de Québec dans le petit village de Château-Richer. Il y achetait la partie d'une propriété dont il compléta l'acquisition sept ans plus tard, des mains mêmes de son beau-père.[i]

 

Pour une bonne partie de ce village, l'activité principale tournait autour de la pêche. On y retrouvait donc nombre de navigateurs, de pêcheurs, de maîtres de chaloupe, etc. Mais il ne faut pas non plus se surprendre de voir le sieur Mahiet s'intéresser à ce sec­teur de l'économie. Il venait de Granville, en Normandie, port d'attache d'un très grand nombre de morutiers. La pêche constituait pour les Granvillais un débouché normal. Le chemin était tout tracé pour lui.

 

Michel Mahiet naquit le 14 août 1711 de Philippe Mahiet et de Marie-Françoise Clément, de la paroisse Saint-Nicolas de Granville][ii].

 

Acte de naissance de Michel MAHIET
à la paroisse de St Nicolas de Granville.

Il a également un frère, marin, Pierre MAHIET né le 17 janvier 1713

Ses parents se sont mariés le 19 juillet 1698 à St Nicolas de Granville

Il avait donc trente-cinq ans quand, le 22 janvier 1746, il épousa Catherine Doyon, fille de Prisque Doyon et de Catherine Nevers, de Château-Richer[iii]. Cette jeune fille de 18 ans ne manquait certes pas de courage puisque nous la retrouvons aux côtés de son époux tout au long de sa carrière. Ils eurent ensemble quatre enfants dont deux partagèrent les misères de la déportation de 1758 avec leurs parents: Michel et Marie-Joseph.

 


Granville XVIIIè siècle

 

 

SES DEBUTS EN AFFAIRES

 

A ses débuts, le sieur Mahiet exerça ses activités dans la baie de Gaspé. Il constitua d'ailleurs, en 1748, une société avec le sieur Henri Le Breton, un navigateur aussi, et partagea avec lui les frais des deux campagnes de pêche qui suivirent[iv].

 

Le Breton était le principal investisseur: il fournissait un bâtiment de douze tonneaux avec agrès et chaloupes; il en cédait la moitié des parts à son nouvel associé et devait même amener à Gaspé les effets nécessaires à la campagne. Il investissait 2014 Livres sur un fonds total de 3401 Livres. Tous deux partageaient cependant les frais d'armement et de désarmement à part égale, mais le sieur Mahiet devait rembour­ser la moitié de la valeur du bateau évalué à 450 Livres en cas de perte. Enfin, les profits se partageaient en deux parts égales.

Serait-ce les difficultés de l'exploitation ou bien les risques de perte en ces temps mouvementés qui marquèrent le retrait du sieur Le Breton de la société? Toujours est-il qu'un acte de résiliation était signé le 15 janvier 1751 au grand avantage de Michel Mahiet qui rachetait la part de son associé pour 1900 Livres et restait propriétaire de la goélette.[v]

 

Mahiet continua la pêche dans la baie de Gaspé pour deux autres saisons, mais  à son compte cette fois-ci.  Il retint pour son navire les services des gens de Château-Richer, dont plusieurs des résidants nous semblent venir de Granville ou de ses environs.Les engagements se faisaient toujours par contrat et devant notaire. Il est intéressant de constater que les tâches y sont bien définies. Ainsi Charles Réaume et François Gravel furent engagés comme matelots sur le navire du sieur Mahiet, mais il est bien stipulé dans le contrat que leur patron ne peut en aucun cas les affecter à la pêche[vi].

 

Pour écouler sa morue, le sieur Mahiet passa des ententes avec des négociants de Québec envers qui il s'engageait à fournir x quintaux de morues. Évidemment, les ventes étaient déjà conclues quand arrivaient les stocks promis. Tout retard pouvait entraîner la perte des débouchés et des sommes engagées par les négociants.

 

Un tel retard dans la livraison de ses morues explique la poursuite intentée par le sieur Joseph Cadet, marchand de Québec, contre le sieur Mahiet en 1751, pour des dommages et intérêts estimés à 1000 Li­vre[vii]. Pourtant ce différent n'empêcha en rien l'union commerciale de ces deux hommes.

En effet, Joseph Cadet avait acheté la seigneurie de Mont-Louis, mais l'exploitation s'avérait difficile pour lui en ce sens que sa présence y aurait été nécessaire pour en assurer un rendement adéquat[viii]. Maître Boucher, le sieur Cadet se devait de demeurer à Québec de par ses obligations professionnelles. Un associé s'avérait donc utile, indispensable même.

L'association entre les deux hommes d'affaires se réalisa au début de la campagne de 1753. Elle valait pour les neuf années à venir et pre­nait donc fin en 1762.[ix]

 

D'une part, le sieur Mahiet s'engageait à faire construire les établis­sements nécessaires pour demeurer au poste de Mont-Louis, à y tenir sa résidence, à donner des terres en concession dans le dit fief et d'en­voyer à chaque année au sieur Cadet toute la morue et les produits du fief, exclusivement et sans en faire commerce à son profit. Il y engageait enfin sa goélette, La Marianne.

 

De son côté le sieur Cadet investissait la mise de fonds nécessaire et fournissait l'équipement et les approvisionnements requis pour l'ex­ploitation du poste. Cependant, en cas de rupture, il conservait tous ses droits sur le fief.

 

Finalement, le sieur Mahiet fournissait l'expérience de la pêche et la connaissance du milieu gaspésien et le sieur Cadet, la propriété à exploiter. Tous deux investissaient sensiblement le même capital: 4,144 Livres pour Mahiet et 4,772 Livres pour Cadet.[x]

 

Dès cette saison-là, celle de 1753, le sieur Mahiet installait donc ses pénates au Mont-Louis et ce pour tout le temps que dura son as­sociation avec Joseph Cadet. Mais plusieurs facteurs vinrent porter at­teinte à la durabilité de cette dernière.

 

En premier lieu, la solitude et l'éloignement des lieux ébranlèrent le moral de Michel  Mahiet qui, manifestement, eut de la difficulté à tenir le coup au loin. Mais il y avait aussi le climat politique de l'époque, qui semble avoir considérablement inquiété le copropriétaire.

Nous sommes à l'époque de la guerre de la Conquête, il faut s'en rappeler, et les rumeurs de la guerre circulent très bien dans le monde des marins. Ils ont régulièrement à franchir les barrages anglais en mer et à éviter les poursuites de leurs voiliers. Les risques aussi sont gros pour les postes de pêche côtière échelonnés sur les côtes. Mahiet le sait!

 

Le 24 septembre 1755, il faisait part de ses craintes à son associé; il lui écrivait dans une lettre : « l'inquiétude et l'embarras où je suis au­jourd'hui me font réitérer la présente qui vous sera remis (sic) par Mon­sieur Aubert qui peut vous informer lui-même des temps fâcheux qui risquent le long de la côte, les nouvelles de guerre et tout ce qui s'en passe... ».[xi]

 

Cependant le désintéressement du sieur Cadet pour le poste de Mont-Louis, aux dires du sieur Mahiet, poussa encore davantage ce der­nier à demander une annulation de leur entente, d'autant plus qu'il trou­vait sans doute les risques et le travail mal partagés. Il menaça même d'abandonner le poste.

 

Le désaccord était sérieux et Michel Mahiet semblait si bien décidé que Joseph Cadet n'eut d'autre solution que d'accepter. Il signa la rési­liation de la société au mois de mars 1758.[xii] A noter que cette année­-là, l'armée britannique exerçait une pression extrêmement forte sur la colonie. La région des Grands Lacs succombait sous les assauts et les fortifications du Richelieu échappaient maintenant aux Français. Pour le monde des affaires, le climat s'envenimait. On comprendra que Joseph Cadet ne se fit pas tirer l'oreille plus qu'il ne fallait.

 

Non seulement accepta-t-il de résilier la société, mais il se montra même prêt à céder tout l'établissement du Mont-Louis à son associé, le fief y compris. La vente eut lieu dès le lendemain de la résiliation.[xiii]

 

Tout devint la propriété de Michel Mahiet : le fief avec ses droits de haute et basse justice, les droits de pêche et de chasse, les installa­tions, les navires, etc. L'acte de vente spécifiait bien les limites du fief, soit une étendue de trois lieues sur le bord du fleuve « tenant d'un côté au lieu vulgairement appelé l'Anse Pleureuse » et de l'autre au lieu appelé Rivière-à-Pierre. La profondeur de la propriété était aussi de trois lieues. Mahiet acquit l'ensemble pour 20,000 Livres.

 

L'ETABLISSEMENT DU MONT-LOUIS

 

Il peut être intéressant maintenant de s'arrêter davantage pour, étudier un établissement de pêche côtière, d'autres parlent de pêche sédentaire, à travers l'établissement de Mont-Louis.

 

La base de cette entreprise se trouve certes dans la personne du pêcheur. Dans le cas du poste du Mont-Louis, pour la période de 1750 à 1760, ils vinrent presque tous de la région de Québec : Charlesbourg, Québec, Château-Richer. Cependant, à l'association entre les sieurs Cadet et Mahiet, le noyau des pêcheurs était constitué par des Basques.

 

L'expérience de ces derniers et leur capacité au travail leur valut la confiance de Cadet qui les introduisit dans son entreprise bien avant cette entente. C'est à eux que les deux associés confiaient le soin de descendre les marchandises et les approvisionnements au poste au début de la saison. Ils demandèrent même à Pierre Detchevery et Joseph Caillabet, d'hiverner à Mont-Louis pour l'hiver 1755-1756. Ils devaient assurer la protection des lieux et certainement faire valoir les droits de leurs patrons sur les emplacements de pêche au printemps.[xiv]

 

Cependant, à la campagne de 1758, la seule qu'ait pu mener Mahiet à son compte, leurs services ne paraissaient pas retenus par le nouveau seigneur. C'étaient les hommes de Cadet. Michel Mahiet engagea sur­tout des Canadiens français.

 

Quant au mode d'engagement, notons que tout se fait par contrat que l'on passe devant notaire. Cet engagement n'était d'ailleurs valable que pour une saison de pêche, laquelle prenait fin pour le pêcheur vers le 25 août. En d'autres endroits, comme à Gaspé, elle pouvait se poursuivre jusqu'au 20 novembre.[xv]

 

Chaque contrat contient des clauses particulières, mais on y retrouve presque toujours pour le pêcheur l'obligation de se transporter au poste à ses frais et de se munir d'une chaloupe.

Le sieur Mahiet payait ses hommes de façons différentes, suivant probablement les exigences de chacun. Ainsi il donnait de 13 à 16 de­niers la pièce de poisson à certains.[xvi] A d'autres, il accordait un salaire mensuel; il retenait ainsi les services de François Riverin pour la somme de 35 Livres par mois[xvii]. Joseph et Olivier Nicole s'engageaient , eux, à pêcher toute la saison moyennant la somme de 830 Livres[xviii]. Ce montant comprenait cependant, outre le salaire des deux hommes, le loyer de leur chaloupe. Par contre, le sieur Mahiet leur fournissait les agrès.

Dans presque tous les cas, Michel Mahiet accorde à ses engagés une somme d'argent en signant le contrat. Cette avance servait aux pêcheurs à défrayer les préparatifs de la saison.

Les hommes pêchaient en équipe de trois par chaloupe, soit que Mahiet leur fournisse la chaloupe, soit que le maître de chaloupe amène sa barque. Souvent le maître de chaloupe seul passait contrat avec le sieur Mahiet, s'engageant à trouver les deux autres pêcheurs pour compléter son équipage[xix]. C'est de cette façon que Guillaume Malenfant a vu ses services retenus, mais il se peut aussi que Mahiet trouve le troisième homme comme dans le cas des frères Nicole[xx].

 

 


Mont-Louis

 

 

LES ENGAGÉS DU SIEUR MAHIET

1751- 1758

 

 

 

 

 

 

NOM

SAISON

TRAVAIL

SALAIRE

LIEU

ORIGINE

 

 

 

 

 

 

Réaume, Charles

1751

Matelot

30 L / mois

Gaspé

Château-Richer

Gravel, François

1751

Matelot

35 L / mois

Gaspé

Château-Richer

Baudet, Louis

1752

Matelot

55 L / mois

Gaspé

Québec

David, Paul

1753

Engagé

350 L / saison

Gaspé

Québec

Fournier, François

1755

Pêcheur

155 L 10 s. / saison

Mont-Louis

Québec

Bilodeau, Gabriel

1755

Pêcheur

155 L 10 s. / saison

Mont-Louis

Québec

Dechevery, Pierre

1755

Pêcheur

2'403 L / saison

Mont-Louis

Basque

Caillabet, Joseph

1755

Pêcheur

2,403 L / saison

Mont-Louis

Basque

Ouellet, François

1755

Pêcheur

160  L / saison

Mont-Louis

Beaumont

D'Etchevery, Pierre

1756

Pêcheur

3,824 L / saison

Mont-Louis

Basque

Caillabet, Joseph

1756

Pêcheur

3,824 L / saison

Mont-Louis

Basque

Dechenequi, Martin

1756

Pêcheur et matelot

3,824 L / saison

Mont-Louis

Basque

D'Etchepart, Raymond

1756

Pêcheur et matelot

3,910 L / saison

Mont-Louis

Basque

DemiHourra, Martin

1756

Pêcheur et matelot

3,910 L / saison

Mont-Louis

Basque

Paquet, Louis

1758

Pêcheur

25 L / mois

Mont-Louis

Charlesbourg

Malenfant, Guillaume

1758

Maître de chaloupe

13 d par pièce

Mont-Louis

 

Lochet, Pierre

1758

Maître de grave

400 L / saison

Mont-Louis

 

Aubut, Jean

1758

Maître de chaloupe

16 d par pièce

Mont-Louis

 

Benoist, Jacques

1758

Saleur de morue

300 L / saison

Mont-Louis

Granville

Nicole, Joseph

1758

Pêcheur

415 L / saison avec chaloupe

Mont-Louis

Château-Richer

Nicole, Olivier

1758

Pêcheur

415 L / saison  avec chaloupe

Mont-Louis

Château-Richer

Riverin, François

1758

Pêcheur

35 L / mois

Mont-Louis

Château-Richer

Lessard, Noël

1758

Fermier

1,450 L pour 5 ans

Mont-Louis

Côte St-Féréol

Ancquetil, Pierre

1758

Pêcheur

250 L / saison

Mont-Louis

Château-Richer

Gravelle, Richard

1758

Pêcheur

250 L / saison

Mont-Louis

Château-Richer

Belay, René

1758

Pêcheur

250 L / saison

Mont-Louis

Château-Richer

Benoist, Jacques

1759

Saleur de morue

348 L / saison

Mont-Louis

Granville

cf BANQ: greffes J.-C. Panet et Crespin père.

 

Nous avons pu retracer plus d'une vingtaine de ces contrats par lesquels se lient les deux parties. En voici un typique des autres enga­gements :

Par devant Le notaire royal immatriculé en la prevosté de quebec residant en la seigneurie de Beaupré paroisse du chateau Richer soussigné et Les temoins en fin nommés fut present Le Sr pierre anquetille navigateur de present en cette ditte paroisse lequel de son Bon gré et volonté a reconnu et Confesse s'être engagé et s'engage par ces presentes au sieur michel mahiet seigneur et proprietaire du fief et seigneurie vulgaire­ment appelé Le mont Louis situé au bas du fleuve St Laurent du coste du sud a ce present et acceptant qui a pris et retenu le dit pierre anquetille pour faire La peche a la moulüe au dit Lieu du mont Louis et y faire tout ceque Luy serat Commandé d'honnette et Licitte par le dit sieur mahiet ou celuy quil commettra. Cet engagement ainsi fait a la charge par le dit anquetille de Bien faire son devoir au dit poste et de se tenir prest a partir aussitot que La saison Le permettrat et de se fournir de vivres pour se rendre au dit Lieu et en outre pour et moyennant Le prix et somme de deux cent cinquante Livres quil Luy feront payé par Le dit sieur mahiet pour toute La ditte peche a Commencer aussitot quil ferat arrivé audit Lieu et finir au premier au dix septembre prochain a toute Lesquelles Clau­ses, conditions sus dittes Le dit anquetille s'est soumis et obligé et a promis de tout suivre et accepter a peine de tous depens domage et interest Car ainsi se font etc obligeant etc Rent etc fait et paffé au chateau Richer Le vingt du mois d'avril mil sept cent cinquante huit, en presence de Jacque Benoist navigateur temoins qui ainsi que Le dits fieur mahiet et anquetille signé avec nous dit notaire et Richard gravelle aussi temoins qui a déclaré Ne savoir Ecrire ny signer de ce enquis. Lecture faite suivant l'ord[onnance].

 

         p. Ancquetil                                                                                                     Mahiet

Jacque Benoist

Crespin[xxi]

 

 

Il est intéressant de noter la clause morale dans ce contrat, comme dans les autres, qui oblige l'engagé à bien faire son travail, une spécification acceptable dans l'esprit de l'époque, mais inattendue pour nous.

 

L'entreprise de Michel Mahiet intégrait un partage des tâches bien net et, nous l'avons déjà dit, une fois le contrat signé il n'était pas question d'y changer quoi que ce soit; on est saleur de morue et non pêcheur.

 

Le souci d'efficacité obligeait de toute façon à une telle décision. Une fois la chaloupe pleine de morues (on disait moulües ou molüe à l'époque), le maître de chaloupe ramenait sa charge au bord. Dès lors, l'apprêtage du poisson passe par trois opérations : en bref, il y a l'évidage de la morue qui se fait sur un échafaud (quai sommaire dont les planches sont ajourées pour laisser tomber les résidus du poisson à l'eau et sur lequel on a érigé un cabanon pour abriter les travailleurs). Suit le salage de la morue, tâche que le sieur Mahiet confia à Jacques Benoist : une couche de sel, un lit de morues, une couche de sel, un lit de morues, etc.[xxii] Ainsi empilées pendant trois jours au moins, les morues perdent leur eau. Vient ensuite le séchage dont la réussite détermine la qualité du poisson sur le marché. Le maître de grave de Mahiet, Pierre Lo­chet, voyait à faire étendre la morue, qu'on avait lavée au préalable, sur des vigneaux, car au Mont-Louis on ne trouve pas de grave (grève couverte de roches)[xxiii]. Il lui fallait alors tenir compte de plusieurs facteurs : l'humidité et le soleil violent à éviter et le vent à rechercher. Le séchage peut durer un mois et même plus.

Michel Mahiet supervisait l'ensemble du travail, assisté dans sa tâche par son commis André Manceau, un jeune Français de 27 ans, originaire de Valogne[xxiv].

Il revenait à ce commis, en plus de remplacer son patron en cas d'absence, de distribuer les provisions et les agrès, à tenir les livres de compte et l'inventaire du magasin, à payer les pêcheurs.

Le poste de Mont-Louis devait s'autosuffire en provisions de bouche pour une bonne part. Or, débouchait sur l'emplacement du poste une vallée encaissée où se trouvaient des terres propices à l'agriculture. Mahiet vit donc à engager un fermier pour faire profiter son entreprise de cet atout. Il engagea Noël Lessard avec sa femme et ses enfants. Cette famille venait de la Côte de Saint-Féréol, paroisse Sainte-Anne. Elle devait travailler à la terre pour les cinq années à venir moyennant un salaire global de 1450 Livres, son engagement prenant fin en 1763[xxv].

Pour tout ce qui touche les autres types d'approvisionnement, que ce soit d'agrès, d'instruments, d'articles quotidiens comme les chandelles par exemple, de denrées finies comme le vin ou le beurre, tout devait être acheté à Québec et amené à bord de la goélette du propriétaire, La Marianne. Un acte de connaissement des marchandises embarquées sur ce bateau en début de saison 1756 (à ce moment-là le sieur Mahiet était associé à Joseph Cadet, mais cela ne change en rien les besoins du poste) nous permet de prendre connaissance des articles et provi­sions nécessaires à un poste de pêche côtière :

 

 

 
     
 

 

 (BANQ, greffe J.-C. Panet, le 24 mars 1758 : Connaissement des marchandises de la Marianne)

 

Monte la presente facture à la fomme de Trois mile neuf cent dix Livres quatorze sols fanf Erreurs où omissions dont je débite le Poste de Mont louis

Quebec ce 4 may 1756

Jh Cadet                                                                               [paraphe][xxvi]

 

Nous avons ainsi une organisation élaborée sur place et qui se coif­fait à Québec d'un agent des ventes chargé d'écouler les stocks de pois­son que le sieur Mahiet pouvait sortir de son établissement. Mahiet avait effectivement pris des mesures en ce sens avec le sieur Nicolas Massot, négociant de Québec, immédiatement après avoir acquis toutes les parts du Mont-Louis[xxvii]. Le marchand se gardait une commission de 8% sur toutes les ventes réalisées.

Le poste lui-même comprenait plusieurs constructions. Quand les soldats britanniques vinrent à l'automne 1758, ils y trouvèrent neuf mai­sons[xxviii]. Celle du sieur Mahiet, nous dit la « Tradition de Mont-Louis », était de briques et résista à l'incendie. Il paraît même qu'elle ne tomba en ruine qu'en 1827 après être passée en d'autres mains[xxix]. Sept en­trepôts s'ajoutent à ce qui fut brûlé. Des étables et dépendances en nombre indéterminé furent aussi incendiés, les échafauds détruits.

 

L'établissement du Mont-Louis se trouvait sur une bonne voie d'ex­ploitation pour cette année 1758, comprenant au bas mot une trentaine, peut-être même une cinquantaine de personnes attachées aux diverses opérations de la pêche. La pré­sence du propriétaire en assurait le plein succès, n'eût été la situation critique dans laquelle se trouvait la colonie.

 

LE PASSAGE DE WOLFE

 

Toute la saison 1758, de fait, put s'écouler sans anicroche. Cer­tains engagés dont le contrat prenait fin le vingt-cinq août ou le premier septembre purent profiter d'un voyage du sieur Mahiet pour remonter à Québec sur sa goélette Le Vigilant. Lui-même commençait à préparer la future campagne; il venait par exemple de renouveler l'engagement de Jacques Benoist[xxx].

Le 19 septembre, Michel Mahiet revenait au poste avec des provi­sions pour sept hommes pendant un mois[xxxi]. A partir de ce moment, nous disposons de deux sources pour étudier la suite du déroulement.

Les Anglais avaient débarqué à Gaspé le 4 septembre dans le but de vider la côte gaspésienne de la présence française. La guerre de conquête se faisait maintenant sentir jusqu'en Gaspésie. Un premier récit, la version française, se trouve écrite dans les premières pages du plus vieux registres des baptêmes, mariages et sépul­tures de Mont-Louis. Cette « tradition » serre d'assez près la vérité; dans son ensemble l'écrit corrobore la version anglaise. La première fut pu­bliée dans la Revue d'Histoire de la Gaspésie[xxxii]. Quant à l'autre, on en trouve la relation dans le journal de l'aide de camp du général Wolfe, celle rédigée par le capitaine Bell, alors qu'il raconte le détail de l'expédition sur nos cô­tes[xxxiii].

La prise du poste de Mont-Louis se déroula donc à peu près comme ceci : le général Wolfe, installé à Gaspé, chargea le major Dalling de se rendre au Mont-Louis pour y détruire l'établissement. Il quitta Gaspé le 14 septembre avec une centaine d'hommes des régiments de Bragg et Ansruther.

Le détachement longea la côte, profitant des marées basses pour franchir les escarpements ou bien sautait d'une roche à l'autre; la côte nord de la Gaspésie ne présente que très peu de plages. Il réussit quand même à surprendre des pêcheurs en cours de route; il fit des prison­niers à Grand Étang (trois pêcheurs) et à Grand Val (un pêcheur) pour arri­ver à Mont-Louis le 19 septembre, quelques heures seulement avant le retour du sieur Mahiet à son poste.

Il y a divergence notable dans la version française des événements. La « Tradition de Mont-Louis » rapporte que les soldats britanniques arrivèrent en bateaux. Madame Mahiet aurait aperçu la première de leurs frégates, alertant tout le monde par ses cris. On était aux premières heures du matin. L'officier anglais, le major Dalling certainement, la somma de se rendre, ce qu'elle ne pouvait faire son mari étant absent, aurait-elle répondu. De fait, la goélette de son mari apparaissant au large. Les signaux conventionnels exécutés, sous la menace sans nul doute, elle entrait dans la baie. Outre Michel Mahiet, se trouvaient à son bord une demoiselle Lebreux qui se rendait à Grande-Rivière et un missionnaire en route pour Miramichi.

Le sieur Mahiet offrit 3,500 Livres à l'officier britannique en rançon pour son établissement, mais le major Dalling repoussa son offre. Ses ordres l'obligeaient à tout détruire et à ramasser les prisonniers avec les marchandises prises dans les magasins.

 Pour Michel Mahiet, cela constituait une faillite catastrophique. Il faut comprendre que l'exploitation du Mont-Louis représentait une réelle fortune. David Lee, rapportant un mémoire du colonel Monckton, écrit qu'on y faisait sécher 10,000 quintaux de morues par années pour un apport de 400,000 Livres, le quintal se vendant 40 Livres à Québec à la fin du régime français. Bien qu'exigeant des déboursés de 22,000 Livres d'investissement pour l'exploitation, le poste offrait des profits qui ­l'emportaient de loin[xxxiv].

 

Le 23 septembre, après dix jours d'expédition, le major Dalling revenait à Gaspé à bord des deux goélettes de Mahiet, La Marianne et Le Vigilant. Il avait fait prisonniers vingt-trois hommes, cinq femmes et quatorze enfants. Il avait vidé les magasins du poste où il avait trouvé:

« 1 baril de poudre    

   4 barils de balles

  4 canons

  2 pierriers 2 tambours

           16 fusils

  2 drapeaux ».[xxxv]

LE SORT DES MAHIET

 

Comme tous les prisonniers faits par le général Wolfe et ses officiers, les gens de Mont-Louis furent amenés à Louisbourg où ils arrivèrent le 30 septembre. On les embarqua presqu'aussitôt sur des paquebots anglais à bord desquels s'entassaient déjà les prisonniers capturés à l'Ile-Saint-Jean quelques semaines plus tôt.

La famille Mahiet put se considérer chanceuse de se retrouver sur un même bateau, un privilège (? !) que les Acadiens déportés trois ans plus tôt n’avaient pas connu. Quant aux pêcheurs de Mont-Louis, nous ignorons leur sort à l'exception d'un seul, André Fleury, de Granville qui se trouvait sur le même navire. Ajoutons le commis de Michel Mahiet, André Manceau, comme passager sur ce transport et c'est tout.[xxxvi]

 

Les autorités anglaises expédièrent donc quatre paquebots sur les ports français de l'Atlantique. L'Antelope, sur lequel s'effectua la traversée des Mahiet entra au port de Saint-Malo le 1er novembre 1758. Il y débarqua 86 prisonniers dont 6 de Mont-Louis :

Michel Mahiet, 40 ans.

Catherine Doyon, sa femme.

Michel, leur fils.

Marie-Joseph, leur fille.

André Marceau, commis, 27 ans, de Valogne.

André Fleury, pêcheur à Mont-Louis, de Granville.[xxxvii]

Les Mahiet passèrent assez bien à travers les épreuves du voyage, aucun n'ayant eu besoin de soins hospitaliers à leur débarquement, contrairement à la majorité des passagers de L'Antelope. Manceau, cependant, dut se rétablir à l'hôpital, dont il reçut son congé juste avant Noël, le 23 décembre. Après cela, il se retira à Dinan. Comme il possédait des biens à Québec, selon ses affirmations, peut-être revint-il en Nouvelle-France après la conquête[xxxviii].

La famille Mahiet reçut, comme tout le monde, une pension de 6 sols par personne par jour pour assurer sa subsistance. Michel Mahiet s'occupa immédiatement de revenir en Nouvelle-France. Dès le 16 no­vembre, il se fit allouer 42 Livres pour se rendre à Paris dans le but probable d'y régler des affaires[xxxix]. Le 25 janvier 1759, on lui délivre un permis pour aller à Bordeaux (parce qu'on ne circule pas librement en France à l'époque) et s'embarque pour l'Amérique[xl]. Il laissait sa femme et ses enfants à Saint-Malo.

Quand le sieur Mahiet arriva en Nouvelle-France, au printemps, la colonie vivait ses dernières heures. Les voies naturelles de pénétration (les Grands Lacs, le Richelieu et le Saint-Laurent) étaient ouvertes à l'armée britannique. La bataille des plaines d'Abraham se déroula le matin du 13 septembre 1759. Mahiet put y assister du haut des murs de Québec, s'il s'y trouvait ce jour-là. Mais que fit-il pendant tous les mois d'été qui précédèrent? Nous savons peu de chose. Il s'occupa certai­nement de voir à la sécurité de ses 2 enfants demeurés en Amérique et sans doute pris en charge par les parents de sa femme.

Des documents attestent de sa présence à Château-Richer cette année-là; nous savons de plus qu'il essaya de faire valoir ses titres sur Mont-Louis auprès des autorités britanniques après la conquête[xli].

 

CONCLUSION

A l'automne 1760, il rembarquait pour la France sur le même ba­teau que le Gouverneur Vaudreuil, semble-t-il. Il arriva à Brest le 27 no­vembre 1760 et partit immédiatement rejoindre sa famille à Dunkerque où s'était retirée sa femme depuis juin précédent[xlii].

De là, nous perdons sa trace; nous ignorons ce qu'il fit en France, s'il rejoignit sa parené et comment il gagna sa vie. Quand revint-il au Canada? Nous ne l'avons pas encore déterminé avec certitude. A son retour, en tout cas, bien des choses avaient changé. La Nouvelle-France s'appelait Québec; les autorités britanniques avaient laissé leurs biens aux seigneurs désireux de demeurer dans la colonie ou de les vendre pour ceux qui voulaient revenir en France. Mais dans le cas d'un départ forcé, comme le sien, qu'advenait-il?

Pour combien de temps revint-il à Château-Richer? La famille s'installa dans la région de Montréal à Saint-François-de-Salles où se maria Michel Mahiet fils. Entre-temps, Michel Mahiet père était décédé, probablement vers 1774. Catherine Doyon, son épouse, établit sa rési­dence à Varennes, se défaisant de ses propriétés à Château-Richer en 1790[xliii].

« La tradition de Mont-Louis » raconte qu'un des fils de Mahiet revint pour faire valoir ses droits vers 1825, sans succès[xliv]. Si tel est le cas, ce ne peut être que Michel Mahiet fils; mais pourquoi aurait-il tant attendu?

 

REFERENCES

 

[1] BANQ, greffe J.C. Panet, 11-10-1745 et le 7-5-1752.

[1] Archives d’état civil de la paroisse Saint-Nicolas de Granville, acte de baptême de Michel Mahiet, le 15 août 1711. Nous écrivons le patronyme « Mahiet » en conformité avec la graphie de l’acte de baptême ainsi que celle utilisée par Michel Mahiet lui-même lors de la signature de ses actes légaux. Merci à Bernard et Jocelyne Nicole qui nous ont fourni la photographie de l’acte de naissance.

[1] Cyprien Tanguay, Dictionnaire généalogique des familles canadienne, Montréal, Eusèbe Sénécal, 1871 et 1890. Vol. 5, p. 583. http://bibnum2.banq.qc.ca/bna/dicoGenealogie/ (Page visitée le 25 octobre 2001).

[1] Ibid., 23-10-1748 : Société entre Michel Mahiet et Henri Le Breton.

[1] Ibid., 15-1-1751 : Résiliation de la société entre Le Breton et Mahiet.

[1] BANQ, greffe Crespin père, 1-3-1751 : Engagement de Charles Réaume par Michel Mahiet. BANQ, greffe Crespin père, 1-3-1751 : Engagement de François Gravel par Michel Mahiet.

[1] P.-G. Roy, Inventaire des jugements et délibérations du Conseil Supérieur de la Nouvelle-France de 1717 è 1760, Beauceville, 1932-1935 : 12-10-1751. Arrêt qui met l'appellation au néant dans la cause entre Joseph Cadet... et Michel Mahler (Mahiet), folio 59.

[1] On trouvera une étude des travaux de Joseph Cadet au Mont-Louis dans notre ouvrage Destins de pêcheurs : Les Basques en Nouvelle-France, Québec, Septentrion, 2011, p. 126-133.

[1] BANQ, Greffe J.-C. Panel, 8-5-1753 : Société entre Michel Mahiet et Joseph Cadet.

[1] Ibid.,  le 11-5-1753 : Accords entre Joseph et Michel Mahiet.

[1] Ibid., 4-2-1756 : Déclaration de Joseph Cadet contre Michel Mahiet.

[1] Ibid., 8-3-1758 : Résiliation de la société entre Joseph Cadet et Michel Mahiet.

[1] Ibid., 9-3-1758 : Vente du fief de Mont-Louis par Joseph Cadet et Évangélique Fournier, son épouse, au sieur Michel Mahiet.

[1] Ibid., 10-8-1755 : Engagement de Pierre de Chevery et Joseph Caillabet avec Joseph Cadet et Michel Mahiet.

[1] Antoine Bernard, La Gaspésie au soleil, Montréal, Les Clercs de Saint-Viateur, 1925, p. 95.

[1] BANQ, greffe J.-C. Panet, 15-3-1758 : Engagement de Guillaume Malenfant par Michel Mahiet.

[1] BANQ, Crespin père, 11-4-1758 : Engagement de François Riverin par Michel Mahiet.

[1] Ibid., 11-4-1758 : Engagement de Joseph et Olivier Nicole par Michel Mahiet.

[1] BANQ, greffe J.-C. Panet, 15-3-1758 : Engagement de Guillaume Malenfant.

BANQ. Crespin père, 11-4-1758 : Engagement de Joseph et Olivier Nicole par Michel Mahiet.

[1] BANQ. Crespin père, 11-4-1758 : Engagement de Joseph et Olivier Nicole par Michel Mahiet.

[1] Ibid., 20-4-1758 : Engagement de Pierre Ancquetil par Michel Mahiet.

[1] Ibid., 11-4-1758 : Engagement de Jacques Benoist par Michel Mahiet.

[1] BANQ, greffe J.-C. Panel, 8-4-1758 : Engagement de Pierre Lochet.

[1] BAC, M.G., 6 C 2-1, vol. 1, liasse 5, pièce 9 : Archives du port de St-Servan, Rolle des habitants de l'île Royale et de l'île St-Jean pour 1758 et les 6 premiers mois de 1759 débarqués le ler nov. 1758 du paquebot L'Antelope.

[1] BANQ, greffe Crespin père, 11-4-1758 : Engagement de Noël Lessard par Michel Mahiet.

[1] BANQ, greffe J.-C. Panel, 4-3-1756 : Connaissement des marchandises à bord de la goélette La Marianne donné par Raymond Detchepart, Martin Chenequi et Martin Demi Houra donné au sieur Cadet.

[1] BANQ, greffe Crespin père, 16-3-1758 : Transaction entre Michel Mahiet et Nicolas Massot.

[1] Emile Lauvrière. Tragédie d'un peuple, Il, p. 81 s. : Dommages causés dans le Golfe St-Laurent, par l'amiral Boscawen.

[1] Firmin Létourneau. « La tradition de Mont-Louis », dans Revue d'Histoire de la Gaspésie, vol. 2, no 2, p. 111 ss.

[1] BANQ, greffe J.-C. Panel, 15-9-1758  : Engagement de Jacques Benoist par Michel Mahiet.

[1] Firmin Létourneau, op. cit., p. 109.

[1] Ibid., p. 109 s.

[1] BAC, Collection Northcliffe, MG 18, M 3 (24)  : Journal du Capitaine Bell

[1] David Lee, « Les Français en Gaspésie, de 1534 à 1760 », dans Cahiers d'Archéologie et d'Histoire no 3  : Lieux historiques du Canada, Ottawa, Ministère des affaires indiennes et du Nord canadien, 1972,  p. 50.

[1] Émile Lauvrière, op. cit., p. 81 s.

[1] BAC. Archives du port de St-Servan (MG 6, C 2-1, vol. 1, pièce 3) : Rolle des gens de mer, des habitants et autres qui ont débarqué à St-Malo du paquebot anglais L'Antelope venant de Louis­ bourg, y compris ceux qui sont morts dans la traversée. 9 nov. 1759.

[1] BAC, Ibid.

[1] BAC., Ibid., pièce 9, page 1.

[1] BAC, Ibid., Habitants qui ont reçu des Secours du roi, 1758.

[1] BAC, Ibid., liasse 5, pièce 9, page 1.

[1] BAC, Colonial Office Record. 'Q» Series. MG 11, vol. 1., p. 1.

[1] BAC, Archives du port de St-Servan. (MG 6, C 2-1, vol. 2)), pièce 31. BAC, Ibid., pièce 5, p. 1.

[1] BANQ, greffe Crespin fils, 28-7-1790 : Vente par Michel Mahiet fils, au nom de sa mère, des ter­res paternelles à Ignace Leblond.

[1] Firmin Létourneau, op. cit

 


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