Accueil           Page de Généalogie             Biographie de nos ancêtres

L'ARRIVÉE EN NOUVELLE-FRANCE

MARGUERITE MACLIN EN 1659

NICOLAS BOYER EN 1664

par Gérard Boyer

L'arrivée de nos ancêtres, Marguerite Maclin en 1659, et Nicolas Boyer en 1664, est le résultat des efforts de colonisation de Paul de Chomedey de Maisonneuve, assisté de Jeanne Mance et de Marguerite Bourgeoys.  Grâce à l'œuvre de Gustave Lanctot de l'Université d'Ottawa, Montréal sous Maisonneuve , on peut connaitre les circonstances  de leurs départs respectifs de la France et de leurs arrivées à Montréal.

 M. Lanctot souligne la difficulté que M. de Maisonneuve et compagnie avaient  d’attirer des Français en Nouvelle France, surtout à Montréal où les premiers colons français subissaient les attaques constantes des tribus hostiles des Cinq Nations.

Marguerite Maclin, de 1659 à 1667

 La première chronique qui nous intéresse est ce qui est arrivé à Jean Chicot, le futur premier mari de notre Marguerite Maclin.

"Le 6 mai 1651, Jean Boudart étant sorti vers la forêt avec Jean Chicot, est surpris par une dizaine d'Iroquois en embuscade.  Prenant la fuite et distançant ses poursuiveurs, Chicot se cache sous un arbre abattu, pendant que Boudart se précipite à toutes jambes vers sa maison.  Près d'y arriver, il voit venir sa femme à laquelle il demande;' Le logis est-il ouvert'?  ' Non, je l'ai fermé.' - Ah, voilà notre mort à tous deux: fuyons-nous en.'  Mais, ne pouvant courir assez vite, elle est saisie par les ennemis, comme Boudart va atteindre sa maison.  Affolé par les cris de sa femme, Boudart, s'élance à son secours.  Sans armes, il bondit sur les Iroquois à coup de poings, les frappant avec une telle énergie que ne pouvant en venir à bout, ils l'abattent sur place.  Entendant le fracas, Charles Le Moyne, Jacques Archambault et un compagnon accourent à l'aide, mais sont chargés par quarante ennemis embusqués près de l'hôpital.  Essuyant le feu de cette seconde bande sans autre effet qu'une balle à travers le bonnet de Le Moyne, ils se précipitent vers l'hôpital où Jeanne Mance est seule avec les portes ouvertes.  Leur défense sauve l'hôpital. Dépités, les ennemis vont les uns piller la maison de Boudart et celle du meunier pendant que les autres se mettent à la recherche de Chicot.  Le malheureux, bientôt retrouvé sous son arbre, se défend si furieusement à coups de pieds et de poings que ses assaillants finalement l'assomment.  Voyant des Français accourir à l'attaque, les ennemis le scalpent en toute hâte, et battent en retraite, emportant comme trophées la tête de Boudart et le scalp de Chicot.  La malheureuse femme de Boudart, Catherine Mercier de son nom de fille, fut conduite dans une bourgade, où, pour se venger de la perte de huit guerriers dans un combat, les Iroquois la torturèrent atrocement, lui coupant le nez, les oreilles et les seins, et finalement la brulèrent au poteau.  Quant à Chicot, qui n'était que blessé, il se remit si bien grâce aux soins de Jeanne Mance, qu'il vécut encore quatorze ans."[1]

Nous y reviendrons plus tard, en 1662. 

Quel était l’état de Montréal juste avant l'arrivée de notre Marguerite en 1659?

"En résumé, comprenant une dizaine de soldats de carrière, un petit nombre grandissant de colons agriculteurs et une majorité d'engagés, artisans, serviteurs, ou journaliers, la population comptait cent soixante hommes dont cinquante chefs de famille, ce qui formait un total d'environ deux cent cinquante à trois cents personnes.  Tous bénéficiaient d'une abondance de marchandises, d'outils et d'ustensiles et même de provisions, expédiés par la prévoyance à longue portée de La Dauversière.  Enfin, ils tiraient grand avantage et profit des flottilles indigènes descendant pour la traite annuelle.  Sur la rive de son vaste fleuve d'où une haute futaie vierge escaladait les pentes de sa montagne, Ville-Marie déployait la surprenante clairière que la hache avait conquise sur la forêt.  Dans l'étroite bande de terre déboisée, encore marquetée de troncs d'arbres, s'éparpillaient une quarantaine de maisons, qui allaient du fort avec sa palissade bastionnée à la chapelle de l'Hôtel-Dieu avec son petit clocher à jour.  Bien disposées de façon à se défendre les unes les autres, c'étaient de modestes, mais solides maisons de planches brutes que coiffaient des toits en pente avec larges cheminées.  Fortement protégé par une garnison intrépide et vigilante, et jouissant d'une terre fertile avec chasse et pêche abondantes, Montréal pouvait se targuer sous des chefs d'esprit large, progressif et généreux, de posséder les rudiments essentiels d'une administration efficace."[2]

Le 14 octobre, 1658, Jeanne Mance et Marguerite Bourgeoys s'embarquèrent pour la France, l'une pour solliciter une fondation additionnelle qui permettrait aux Hospitalières de La Flèche de se charger de l'Hôtel-Dieu et l'autre pour aller chercher de l'aide de quelques compagnes pour aider à l'enseignement des enfants.

«  De son côté, Marguerite Bourgeoys, après avoir accompagné Jeanne Mance à Paris au début de l’année, s’était rendue à sa ville natale de Troyes, dans le dessein d’y recruter trois compagnes qui l’aideraient dans son œuvre d’éducation de la jeunesse.  Logeant chez les religieuses de la Congrégation, qui la conseillèrent, elle fit bientôt choix de trois jeunes filles de bonne santé et de solide vocation, Catherine Crolo, son amie, Edmée Chatel et Marie Raisin, qui s’offrirent à venir partager son existence de labeur et de dévouement. »[3]

Marguerite Bourgeoys précise un peu plus loin dans ses écrits :

« …et une petite fut de la compagnie, qui est la femme de Nicolas Boyer. »[4]

Le dictionnaire des anciens canadiens indique que Marguerite Maclin ou Maquelain venait de Notre Dame, v. Sézanne-en-Brie, ar. Epernay, Champagne.  Était-elle inscrite à la Congrégation de Troyes? Je pense qu’elle était orpheline, d’après son contrat de mariage avec Jean Sicot.  Je pensais qu’elle avait 11 ans lors de son départ de France, mais il semble que 13 ans est plus exact ( voir Le problème de l’identité française de Marguerite Maclin (Maquelin, Masquelin ).

  Jeanne Mance et Marguerite Bourgeoys ramenèrent avec elles l'aide requise et en plus, plusieurs épouseuses qu'elles avaient choisies, dont notre ancêtre, Marguerite Maclin.  Leur bateau, le St. André, mit à la voile de La Rochelle le 2 juillet 1659.

 

Les hospitalières et Ursulines arrivées à Québec

 

"Heureux événement, le 7 septembre, mouillait devant Québec, Le Saint-André, venant de La Rochelle, portant les hospitalières de Jeanne Mance, les compagnes de Marguerite Bourgeoys et une nombreuse recrue pour le poste de Ville-Marie.  Au départ deux engagés s'étant 'cachés' et dérobés et la famille Racault, renonçant au lointain et périlleux voyage, le nombre des passagers pour Montréal se chiffrait à 103 personnes soit 56 hommes et jeunes gens, 31 femmes mariées et filles, 8 enfants plus 2 sulpiciens, 3 hospitalières et 3 institutrices.  Le groupe masculin comprenait 2 prêtres, 6 soldats, 9 défricheurs, 6 maçons, 3 serruriers, 2 fendeurs de bois, 2 menuisiers, 1 charpentier, 1 boulanger et 25 engagés sans indication de métier.  De composition hétéroclite, dans l'obligation de prendre qui acceptait, l'émigration de ce contingent groupait catholiques et huguenots, des artisans, des garçons de ferme et des coureurs de route, en bref, un mélange de bons sujets et quelques garnements.  Il y avait aussi à bord dix-sept ou dix-huit filles et quelques colons destinés à Québec, de sorte que le navire portait environ cent quarante passagers.

            En moyenne, le passage avec nourriture coutait 75 livres pour les adultes, 50 pour les adolescents et 25 pour les enfants.  La cuisine s'avérait médiocre et l'installation rudimentaire à bord de ces petits voiliers, coques de noix ballottées par la mer.  Le voyage du Saint-André, qui dura deux mois et cinq jours, fut encore plus pénible que long.  Ayant servi d'hôpital aux troupes de la Marine, la peste s'y déclara.  Malgré les soins de Marguerite Bourgeoys et des Hospitalières, la maladie emporta dix personnes, et six moururent peu après le débarquement.  Jeanne Mance elle-même 'fut à l'extrémité’.  A l'arrivée, les malades furent logés dans 'la maison qui servait d'entrepôt pour les marchandises à destination de Ville-Marie.'  La maladie se répandit dans le pays et l'hôpital de Québec fut encombré de malades.  Les colons de la recrue prirent par groupes la route de Ville-Marie, où le dernier convoi toucha terre, sous la conduite de Marguerite Bourgeoys, le 29 septembre."[5]

Cette date s'accorde avec celle indiquée dans le dictionnaire des Anciens Canadiens pour l'arrivée de Marguerite Maclin à Montréal. Émilia Chicoine a pu reconstituer la liste des épouseuses qui ont fait la traversée de l’océan à destination de Ville-Marie [6] :

            -     Françoise Du Verdier dit Saulnier, 21 ans, épousée le 20 oct. 1659
            -    Catherine Charles, 21 ans, épousée le 26 oct. 1659

-         Élisabeth Camus, 14 ans, épousée le 26 oct. 1659

-         Françoise Duverger, 23 ans, épousée le 18 nov. 1659

-         Marguerite Rebours, 14 ans, épousée le 24 nov. 1659

-         Louise-Thérèse Le Breuil, 23 ans, épousée le 24 nov. 1659

-         Catherine Lotier, 18 ans, épousée le 25 nov. 1659

-         Catherine Marchand, 25 ans, épousée le 7 janv. 1660

-         Étiennette Aleton, 22 ans, épousée le 7 janv. 1660

-         Denise Lemaistre, 23 ans, épousée le 26 janv. 1660

-         Marie Cholet, 22 ans, épousée le 26 janv. 1660

-         Suzanne Duverger, 18 ans, épousée le 2 août 1660

-         Magdelaine  de Fabrecque, 23 ans, enterrée le 5 oct 1659.

 

Marguerite Maclin aurait peut-être apporté un trousseau semblable à celui de  Magdelaine de Fabrecque, décédée peu après son arrivée :

« habit de camelot, déshabillé de ratine, jupe de ferrandine, coiffes de taffetas,gorgerettes, rubans, etc…. deux paires de souliers »[7]
Il semble qu’elle aurait habité pendant trois ans avec Marguerite Bourgeoys au deuxième étage de la petite étable/école que Maisonneuve lui avait donnée en janvier 1658 et qui avait ouvert ses portes  le 30 avril de cette même année.
« Au premier voyage que j’ai été en France, j’ai admiré comme Monsieur Châtel, notaire apostolique, m’a confié sa fille qu’il aimait beaucoup; ne voyant rien pour subsister, logée en une étable où j’avais fait faire une cheminée et quelque retranchement.  Cette étable avait servi de colombier et de loge des bêtes à cornes, où il fallait monter par une échelle, par dehors, pour coucher dans le grenier, toutes de rang. »[8]

Nous allons voir maintenant comment le froid canadien et les indigènes du Canada ont accueilli notre petite ancêtre.

« L’hiver 1659-1660 est très froid.  Marie de l’Incarnation dit qu’il est ‘extraordinaire cette année, en sorte que personne n’en avait encore jamais vu un semblable, tant en sa rigueur qu’en sa longueur.  Nous ne pouvions échauffer; nos habits nous semblaient légers comme des plumes… ‘.[9]

Lors de son arrivée au Canada, il existait des relations tendues entre les Iroquois, surtout les Agniers, et les Français.  Un mois après son arrivée,

« le 26 octobre, près du lac aux Loutres, un individu du nom de Sylvestre tombe sous les coups des Iroquois[10]

Durant le printemps de 1660, Marguerite doit apprendre de la mort de

« ‘Nic Duval, serviteur du fort, tué, de Blaise Juillet dit Avignon, habitant, et Mathurin Soulard, charpentier du fort, noyés, en se voulant sauver des Iroquois.»[11]
       
 

Ensuite c’était le récit du massacre
de Dollard des Ormeaux et
de 16 autres Montréalistes. 
 
Comment a-t-elle accueilli cette nouvelle?

« A Montréal, l’arrivée du premier Huron échappé des mains des Iroquois détermine toute une série de mesures de protection.  Maisonneuve met le fort en état de repousser l’ennemi.  M. de Belestre s’en va commander dans la maison de Sainte-Marie qui est située à un mille et demi au-dessus de Montréal et que M. de Queylus vient d’établir.  Le bâtiment principal est robuste, de nombreux ouvriers y vivent en tout temps, il deviendra un précieux avant-poste.  Des espaces libres de forêt s’étendaient autour, probablement défrichés autrefois par les Indiens.  Certains prétendent que c’était le site d’un village iroquois nommé Tutonaguy. » [12]

« Le 19 août, (1660) les Indiens de l’Ouest arrivent à Montréal au nombre de trois cents avec Radisson à leur tête.  Le convoi transporte pour deux cent mille livres de fourrures. »[13]

« Une tranquillité relative continue à régner dans la colonie sauvée de la ruine par l’arrivée de la flottille des fourrures . »[14]

« Le 25 février (1661) au matin, un groupe d’habitants part pour travailler assez loin dans la forêt.  C’est encore le plein hiver, les ennemis d’habitude sont retirés dans leurs bourgades quand il fait froid et qu’il neige.  Les bûcherons ne tiennent pas compte de l’ordonnance de Maisonneuve :  ils n’apportent pas leurs armes, ils se mettent au travail sans prendre les précautions d’usage et surtout sans poster de sentinelles.  Bientôt, ils sont encerclés par un parti de cent cinquante Iroquois.  Treize Français sont capturés tout de suite.  D’autres pensent de s’échapper vers le fort, parmi eux, Charles Le Moyne a un pistolet qu’il utilise avec habileté;   les autres n’ont qu’une ressource;  la vitesse de leurs jambes.  Une dame de grand courage et de sang-froid, Mademoiselle Duclos, trouve ici et là des mousquets, elle s’en charge, se poste au-devant des habitants en fuite à qui elle les remet;   les fugitifs peuvent un peu mieux protéger leur retraite, et d’après l’abbé de Belmont le pire est évité. »[15]

« Les Français de Ville-Marie doivent sortir de l’enceinte palissadée pour couper du bois de chauffage et exécuter les travaux des champs.  Un mois plus tard, une vingtaine d’entre eux prennent le même risque que les précédents.  Eux aussi sont entourés par un partie de deux cent soixante guerriers.  Cette fois, des colons sont armés, mais leur nombre est bien inférieur à celui de leur adversaire.  Au premier abord, ils se sentent tous perdus, mais ils sont résolus à combattre jusqu’à leur dernier souffle.  Les premiers atteints par l’attaque ennemie tiennent le choc : sont tués Vincent  Boudreau, Sébastien Dupuis, Olivier Martin et Pierre Martin, dit La Rivière.  Six autres sont capturés.  Un habitant du nom de Beaudouin tire à bout portant sur l’un des principaux capitaines iroquois et il le tue.  Pierre Gadoys le premier habitant de Ville-Marie, un vieillard rhumatisant, se bat comme un ‘Roland’, sans que personne puisse calmer sa fougue combative.  La vigoureuse défense des travailleurs permet aux habitants de la bourgade de se porter, avec de nouvelles forces, sur le champ de bataille.  Enfin, abandonnant leurs morts et leurs compatriotes prisonniers, les survivants réussissent à se dégager, à battre en retraite et à rentrer dans l’enceinte des palissades protectrices.

L’Iroquois s’est montré en tel nombre et le danger semble si grand, que les colons n’osent pas s’aventurer à l’extérieur du poste.  Peu après, madame d’Ailleboust donnera des détails macabres :  chaque jour, les chiens reviennent avec des lambeaux de chair humaine.  Les habitants s’arment enfin, puis ils se rendent au lieu du combat.  Ils y découvrent des cadavres tronçonnés, scalpés, charcutés :  des têtes, des membres, des troncs gisent ici et là.  Madame d’Ailleboust pense mourir de frayeur lorsqu’elle rencontre un Français chargé de restes sanglants;  à l’entrée du fort éclatent des cris, des lamentations.  L’inhumation aura lieu quatre jours plus tard. »

 Ce ne sont que les deux  premières actions de cette année mémorable

 « …Pendant tout l’été, lit-on dans la Relation, cette île s’est toujours vue gourmandée de ces lutins, qui tantôt paraissaient à l’orée du bois se contentant de nous charger d’injures, tantôt se glissaient jusqu’au milieu de nos champs pour y surprendre le laboureur, tantôt s’approchaient de nos maisons, ne cessant de nous vexer;  et comme des harpies importunes, ou comme des oiseaux de proie, ils fondaient sur nous quand ils nous trouvaient en surprise, sans crainte d’être pris. »[16]

« Et c’est alors que survient à Ville-Marie un autre incident qui met toute la Nouvelle-France en émoi.  Il se produit le 29 août (1661) . M. Jacques Lemaître, un sulpicien âgé de quarante ans à peine, a dit sa messe le matin.  Il se rend ensuite à la ferme St. Gabriel.  C’est le temps de la moisson, les blés sont mûrs, une quinzaine d’ouvriers se préparent à partir pour les champs.  M. Lemaître les accompagne pour faire le guet.  Le groupe arrive bientôt sur les lieux.  Il n’est pas rassuré, certains signes indiquent que des Iroquois pourraient se trouver dans les alentours.  Mais sans en tenir compte, les colons déposent leurs armes au hasard ici et là;  ils se dispersent pour faner du blé humide.  M. Lemaître est inquiet;  il  s’avance, il examine les buissons;  soudain, il aperçoit des Iroquois blottis pour l’attaque.  Se voyant découverts, ceux-ci se lèvent d’un bond, poussent leur clameur de guerre, et se précipitent sur les Français.  Voyant ses compatriotes en danger, pour leur donner le temps de reprendre leurs armes, M. Lemaître se pose devant l’ennemi avec un coutelas dont il se sert comme d’un espadon;  en même temps il crie aux siens de s’armer et de s’enfuir.  Comme il y a danger à approcher cet homme armé, les ennemis l’abattent à coups de mousquets.  Toutefois, les ouvriers ont le temps de retrouver leurs armes à feu et ils se replient ensuite en bon ordre;   l’un d’eux perd la vie dans cette fuite et un troisième est probablement fait prisonnier.  Solide, construite pour des attaques de ce genre, la ferme Saint-Gabriel oppose ensuite un rempart solide à l’ennemi.  Celui-ci doit s’éloigner aussitôt ».[17]

« Au cours de l’hiver de 1661-1662, perdent la vie aux mains des Iroquois : ‘Lambert Closse, sergent-major de la garnison, Simon Le Roy, Jean Lecompte, 31 ans, de la ville d’Orléans, et Louis Brisson.  Les victimes sont inhumées le jour suivant.  Huit autres Français sont capturés ».[18]

« La sœur Morin décrit très bien la faiblesse de Ville-Marie :  les maisons en bois où l’on peut mettre facilement le feu;  des Iroquois en embuscade la nuit autour de l’hôpital ou de l’école de Marguerite Bourgeoys;  elle raconte aussi la pauvreté, la misère, les suppliciés revenant avec les membres mutilés, les récits des tortures, enfin toute l’humble histoire d’un avant-poste toujours attaqué et toujours défendu ».[19]

« L’été commence, l’été se poursuit, aucune nouvelle attaque ne se produit.  De quelque tribu qu’ils soient, les Iroquois ont cessé de paraître.   C’est autour des postes une tranquillité imprévue, inquiétante, incertaine, dont on ne connaît pas la cause.  Les travaux agricoles s’accomplissent, et de ces forêts profondes, autrefois si redoutables, ne sortent plus à l’improviste des guerriers dangereux. »[20]

C’est cette  année-ci, le 23 octobre, 1662, que Marguerite est mariée à  Jean Sicot (Chicot).

« La première qu’elle maria fut Marguerite, fille de Nicolas Mâclin et de Suzanne Larose, de Sézanne en Brie, ville incendiée  peu avant la fondation de Montréal.  Marguerite avait onze ans lorsque notre Mère alla en France chercher ses premières compagnes, l’année 1659; elle faisait partie des trente-deux filles destinées pour Montréal, mais semble avoir été  l’objet de quelque recommandations particulières, car notre Mère lui donne une mention spéciale : ‘J’emmenai donc mes compagnes, dit-elle;  j’emmenai aussi une petite fille, qui a été ensuite la femme de Nicolas Boyer’.  Arrivée à Montréal, Marguerite demeura avec nos Mères jusqu’au 23 octobre 1662, trois ans; alors, étant âgée de quatorze ans, elle épousa  Jean Cicot. ‘Le mariage fut fait par M. Souart, en présence de M. de Maisonneuve, de Gilbert Barbier, et de Marguerite Bourgeoys, supérieure des filles de la Congrégation,’ Jean Cicot, en 1651, avait été poursuivi par une dizaine d’Iroquois, et s’était défendu avec beaucoup de vigueur, quoiqu’il fût sans armes;  il les avait frappés si rudement du pied et du poing que ces barbares n’avaient pu l’entraîner de force avec eux, et s’étaient contentés de lui enlever la chevelure avec un morceau du crâne; ce qui ne l’empêcha pas de vivre  longtemps après.  Il mourut en 1667, laissant Marguerite Mâclin mère de trois enfants.  Elle se remaria bientôt après avec Nicolas Boyer;  et, par ce mariage, devint mère de dix autres enfants, dont l’une, Marie, épousa Charles, fils de Jean Gervaise, procureur fiscal, et fut mère de Michel Gervaise, ordonné prêtre en 1741, et décédé en 1787, à Saint-Antoine de Chambly. »[21]
   

Qui était cette Marguerite Maclin?  Était-elle pieuse, sous la charge de Marguerite Bourgeoys durant un voyage mouvementé de Troyes à La Rochelle suivi d’une traversée de deux mois marquée de maladie et de mort?   Elle a été abrité par dame Bourgeoys de septembre 1659 à octobre 1662 au second étage de la petite école, jadis une écurie.  Quelle influence a eu la piété et la sévérité de dame Bourgeoys?  Quelle hardiesse cette jeune Marguerite a dû démontrée devant la menace constante des Iroquois que nous avons détaillée!

Est-ce que c’est Mère Bourgeoys qui a arrangé son mariage avec Jean Sicot, un homme de 37 ans qui avait mérité le respect de ses compatriotes?  Nous savons que c’est le seul mariage dont nous sommes certains que Mère Bourgeoys y ait assisté.  Son nom ne se retrouve sur aucun autre contrat de mariage.

Est-ce que la relation entre les deux Marguerites était bien celle de mère et fille?  Ou est-ce que Marguerite Maclin a trouvé Marguerite Bourgeoys trop austère?

Je crois que Marguerite Maclin a dû être une jeune femme pieuse, dévote et forte en corps et en caractère.  Elle avait certainement rencontré le côté tragique et cruel de la vie.

 

   

1662

Le 23 octobre, 1662 a été fait et solemnisé le mariage de Jean Cicot habitant de ce lieu fils de deffuncts Guillaume Cicot et de Jeanne Fafart, de
L’isle d’Oléron pays d’Aulny paroisse de Dolu éveché de La Rochelle ses père et mère.  Aussi Marguerite Maclin demeurant aussi en ce lieu fille de deffuncts Nicolas Maclin et de Suzanne Larose père et mère de la ville de Sézanne en Brie.  Les trois bans ayant esté publié
auparavant sans opposition.  ?            fit
et passé en presence de Michel Guibert neveu du dit Sicot, de Messire Paul de Chomedey, Sieur de Maisonneuve, Gouverneur de cette Isle, Gilbert Barbier Me. Charpentier, Marguerite Bourgeois Superieur des filles de la Congrégation et plusieurs autres amys communs des parties.  Le dit Michel Guibert a declaré ne scavoir signer et les parties.

 Signé par                Paul de Chomedey
                               Gilbert Barbier
                               Marguerite Bourgeoys
                               G. Souart. Curé

Leur première année de mariage éprouve d’autres défis :

 Puis s’ouvre au Canada l’année du grand tremblement de terre.  Celui-ci éclate le 25 février comme un véritable cataclysme cosmique;  il durera six mois.  Les commotions, les secousses nombreuses, incessantes, violentes, atteindront à plusieurs  reprises une intensité inouïe.  La population, tant française qu’indienne, sera plusieurs fois prises de panique.

Des inquiétudes d’un autre genre se mêlent aux frayeurs.  Les Montréalistes apprennent que les Iroquois ont décidé d’attaquer leur poste, de s’en emparer, de s’établir sur les lieux parce qu’ils sont les plus importants de la colonie.  Pour parer à cette attaque, Maisonneuve fonde, le 27 janvier, la Milice de la Sainte Famille de Jésus, de Marie et de Joseph.  Que les hommes qui le désirent se forment en escouades de sept soldats, qu’ils élisent un caporal et qu’ils viennent ensuite chez lui :   voilà l’invitation qui est lue à la fin de la messe du 28 janvier et qui est ensuite affichée.  Le 1er février, le gouverneur est assuré de vingt escouades de colons;  il a ainsi sous la main un corps de valeureux combattants et un camp volant prêt à courir en tout temps pour combattre ».[22]

De fait, Jean Cicot est élu caporal d’une escouade composée des membres suivants :  Mathurin Jousset dit Laloire, Jacques Beauchamp dit Le grand Beauchamp, Élie-Joseph Beaujean, Fiacre Ducharne dit Lafontaine et Simon Cardinal.

Marguerite et Jean ont eu deux enfants, Catherine le 24 octobre, 1663 et Jean le 22 mars, l666.  Nous les retrouvons au recensement de 1666 :

Jean Chicot                 35        habitant

Marguerite Maclin       18        sa femme

et Catherine chicot         2         fille

Jean Chicot est décédé  le 8 juin, 1667. 

 

Nicolas Boyer, ses origines, son arrivée à Ville-Marie jusqu’à son mariage avec Marguerite Maclin le 8 août, 1667.

Tout ce qu'on sait de l'arrivée de Nicolas Boyer en 1664 suit:

"Compensant ses pertes de l'année, Montréal reçut le renfort de dix-huit colons, venus de France en juin aux frais du roi à la suite de sa politique d'activer le peuplement de la colonie.  Ce fut Charles Le Moyne qui les amena de Québec à Ville-Marie;  malheureusement, deux moururent avant d'arriver à destination"[23]

Voici la description du poste à son arrivée:

"Au lieu de la quarantaine de maisons de 1657, le poste en groupait maintenant, en 1664, une soixantaine, construites de façon à servir de défense en cas d'attaque.  Dans un quadrilatère qui irait de la rue McGill à la rue Bonsecours, et de la rue Craig au fleuve, elles s'aggloméraient en quatre petits groupes, le premier, voisin du fort autour de l'actuelle Place Youville;  le second et plus nombreux, le long de la rue Saint-Paul, flanquant l'Hôtel-Dieu de Jeanne Mance et l'école de Marguerite Bourgeoys, rues Saint-Sulpice et Saint-Paul; le troisième au nord de l'actuelle Place d'Armes et le dernier au côteau Saint-Louis entre la rue Saint-Paul et l'actuel Champ de Mars.  Des sentiers battus reliaient à travers champs, ces quatre groupes d'habitations."[24]

En 1665, Nicolas était un de 7 charpentiers.  Il épousa Marguerite le 8 août, 1667.

 

Le problème de l’identité française
de Marguerite Maclin (Maquelin, Masquelin)
.  

 

Je suis allé en France au mois de juillet, 2007. J’étais à la recherche de certains de mes ancêtres, dont Marguerite Maclin, venue en 1659 avec Marguerite Bourgeoys.  Elle n’est pas au fichier Origine mais les documents canadiens indiquaient qu’elle venait de Sézanne en Brie, diocèse de Troyes.  Donc j’y suis allé.  À la mairie de Sézanne, il y avait des registres de baptêmes, mariages et sépultures, mais seulement pour la paroisse de Notre Dame.

C’est aux archives du département de la Marne, à Châlons en Champagne,  que je crois avoir trouvé son registre de baptême.  Voici le nom du document et ce que j’y ai trouvé.

Sézanne          E dépôt 8863
                        Mariages pour tout le canton de fin an VI à début an VIII
                        8863    BMS   1643-1667 (lacune de 1647-1654 inclus)

J’ai pris deux photos électroniques du registre de baptême que j’ai transcrit comme suit :

mars 1646

 

Maquelin        Le vingt deuxiesme jour de mars a este baptizee

Marguerite    margueritte fille de Johan Masquelin et de Suzanne

                        oudy Sa femme le parain Claude Gabry(?)   (?)

                        La maraine margueritte fille de pierre prostat

                        qui la nomment

Dans le même document original j’ai aussi trouvé un petit bout de papier inséré à la page suivante.  Ce petit bout de papier avait été déchiré d’un coin de quotidien et j’en ai aussi pris une photo électronique ci-attachée.  Il semble que quelqu’un d’autre avait fait une constatation semblable en 1982, mais c’est tout simplement une conjoncture de ma part.

Enfin, de retour au Canada, j’ai pu enfin faire une visite de la Maison St. Gabriel à Montréal.  J’y ai acheté le livre de Marie-Lise Beaudoin, Les premières et les filles du roi à Ville-Marie (Édition Maison St. Gabriel, 1996).  Elle indique bien que Marguerite Maclin avait 16 ans alors qu’elle contracta mariage avec Jean Sicot en 1662.

Faute de temps, je n’ai pu poursuivre ma recherche pour retrouver soit un acte de mariage entre ses deux parents ou un acte de sépulture indiquant leurs décès.  J’ai l’impression qu’elle était orpheline parce qu’on indique dans son premier contrat de mariage au Canada avec Jean Chicot (Cicot, Sicot,…) que ses parents étaient décédés.

Je dois attendre quelques années avant de retourner à Châlons pour compléter ma recherche,  à moins que certains des contacts que j’ai fait là-bas y porte attention.

Gérard Boyer  (février 2008)

 


[1]  Montréal sous Maisonneuve, Gustave Lanctot, pg. 68 et 69

[2]  Ibid, pg. 120-121

[3]   Ibid, pg. 127

[4]   Les écrits de mère Bourgeoys ,  Marguerite Bourgeoys, pg. 57

[5]  Montréal sous Maisonneuve,  pg. 135-136

[6]   La métairie de Marguerite Bourgeoys,  Émilia Chicoine, C.N.D., pg. 54 - 55

[7]   Ibid, pg. 55

[8]   Les écrits de mère Bourgeoys,  pg. 61

[9]   Iroquoisie, Léo-Paul Desrosiers, Tome 2, pg.  203

[10]  Ibid. pg. 197

[11]  Ibid. pg. 207

[12]  Ibid. pg. 225

[13]  Ibid. pg. 233

[14]  Ibid. pg. 234

[15]  Ibid. pg. 243

[16]  Ibid. pg. 244

[17]  Ibid. pg. 259

[18]  Ibid. pg. 277

[19]  Ibid. pg. 280-281

[20]  Ibid. pg. 284

[21]  Histoire de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal, Vol. 1, pg. 80-81

[22]  Iroquoisie,  pg. 292

[23] Montréal sous Maisonneuve, pg. 217-218

[24] Ibid. pg. 211 –212

Haut de page