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Hélène Boullé la belle promise

 

À coté de la virile signature de Champlain, quadragénaire , «celle d’une enfant qui écrit en tatonnant et dont les doigts maîtrisent à peine la plume rétive». Hélène Boullé a 12 ans. Le lendemain 30 décembre, tous signent l’acte de mariage qu’on enregistre au greffe du Châtelet, le 11 janvier 1611. Ces actes seront perdus dans l’incendie de 1871. Les conjoints jurent de s’épouser «dedans le plus breief temps»; la jeune-fille est nubile et nul ne désire, en ce contrat, la consommation du mariage. On s’empresse d’inscrire au contrat une clause raisonnable. «Lequel mariage néanmoins en considération du bas âge de ladite Hélayne Boullé a esté accordé qu’il ne se fera effectura qu’après deux ans d’huy finis et accomplis, sinon plustot il sayt trouvé bon et advisé entre eux leurs parents et amis, passer outre à la comsommation dudit mariage

Dans un petit salon parisien, souriante, ennuagée de dentelle et de  rubans rose, Hélène continue les jeux de l’enfance. Au début de mars 1611, son mari quitte la France. Il affronte les glaces de Terre-Neuve; à la mi-mai, tout le pays est encore presque couvert de neige, écrit-il. Champlain remonte le fleuve, franchit les rapides grâce au guide huron Savignon et s’arrête près d’une île la baptise du nom de sa jeune femme : Sainte-Elaine. Devenue Sainte-Hélène, cette île accueillera 355 ans plus  tard, l’Exposition universelle de Montréal. En septembre 1611, il revient è La Rochelle; il ne retournera en Nouvelle-France qu’en mars 1613. Le délai de deux ans mentionné au contrat expire.

Les premières années du couple seront difficiles. La différence d’âge en est la cause. Les historiens Leblant et Beaudry s’y sont attardés et n’en conclu rien d’admirable. Le mari voyage entre Brouage, Rouen, Paris, Québec; l’épouse déserte même le domicile conjugal et rentre à Parois. De violentes disputes s’ensuivent et personne ne saura jamais si l’union a été consommée avant les deux années prévus au contrat.

Le mariage de la Belle Hélène, comme se plurent à l’appeler les amis de Champlain, produisit toutefois deux effets importants. Durant les deux années d’attente, la jeune huguenote étudie la religion de son mari.

 À 14 ans, elle embrasse la religion catholique. Lorsqu’en 1620 elle accompagne Champlain  à Québec, elle s’intéresse aux Indiens et fait preuve de zèle apostolique. Elle avait déjà déployé ce zèle auparavant, convertissait sa mère et son frère Eustache à sa nouvelle religion.

En mai 1620, Louis XIII prie Champlain de maintenir, la Nouvelle-France en mon obéissance, faisant vivre les peuples qui y sont le plus conformément aux lois de mon Royaume que vous pourrez » L’explorateur a terminé ses grands voyages, , il devient vraiment l’administrateur du pays. Il a reçu l’année précédente, le solde de la dot de sa femme, une somme de 1 500 livres qu’il gère consciencieusement. La première partie était arrivée à point, en 1610, alors  que l’avenir de l’Habitation de Québec laissait gravement à désirer. Le sieur de Champlain avait doué sa fiancée de 1 800 livres mais le jour  précédent  les épousailles juridique, messire Nicolas Boullé avait accepté de déposer dans la corbeille de noces de sa fillette nubile 6 000 livres tournois. Ainsi, le 29 décembre 1610, le futur mari s’était enrichi de 4 500 livres comptant. Champlain ne dilapidera pas l’argent de la dot. Il l’utilisera avec avantage pour son avenir et celui de Québec.

En 1627, Madame de  Champlain, en France, poursuit sans hésitation la compagnie de Montmorency que dirige Guillaume de Caën. Pourquoi? C’est que le cardinal de Richelieu vient de fonder la Compagnie des Cent-Associés, ordonna  de ce fait « La peine de la vie» la liquidation des précédentes. Hélène de Champlain réclame le paiement des émoluments de son mari. De Caën, futur baron des Bahamas et alors vice-roi hésite. «Pouvu que la traite se fasse pour eux c’est assez.» dit le lieutenant de Nouvelle-France. Champlain , grâce à l’intervention de sa femme devant les tribunaux, reçoit son dû. De Caën perd son monopole.

Rapatrié après la capitulation de Québec, le beau-frère de Champlain, Eustache Boullé, qui est en Nouvelle-France depuis 1618, ne retournera pas à Québec. Il gagne l’Italie, entre au couvent des Minimes et reçoit le sacerdoce. Durant les dix années où il avait travaillé près de Champlain, sa sœur aînée lui avait servi une pension.

En 1627, Hélène prie le Père Charles Lalemant de transmettre une lettre à Champlain, où elle demande d’être déliée de ses engagements matrimoniaux. Ils vivent dans deux continents  éloignés et la jeune femme désire entrer chez les Ursulines. La lettre  se perd lors des événements de la capitulation car, prisonnier de Kirke, le futur supérieur des Jésuites est arrêté avant de voir Champlain, détourné vers la Belgique et rapatrié en France. Il repart vers Québec, fait naufrage au détroit de Canseau, et parvient à monter à bord d’un vaisseau de pêche basque qui s’échoue avec Charles Lalemant…En Espagne! Hélène de Champlain, attend vainement une réponse. Les époux en discutent sûrement puisqu’ils se retrouvent  à Brouage pendant les trois années de négociations du pacte de Saint-Germain-en-Laye, retournant le Canada à la France. Ils rédigent et signent leurs testaments et se font une donation mutuelle de leurs biens. Champlain oubliera ce testament, à son retour à Québec.

Dix ans après la mort de son mari et toutes affaires réglées, Hélène de Champlain prend le voile des Ursulines de Paris, en novembre 1645. Sœur Hélène de Saint-Augustin s’accommode du joug de couventine. Habituée à une indépendance presque complète, elle comprend difficilement la discipline monastique des novices qui en outre, n’ont pas son âge. À 45 ans, elle préfère quitter d’elle-même  le sévère et intransigeant couvent du faubourg Saint-Jacques sans l’exemple de Marie-Liesse de Luxembourg qui avait jadis épousé Henri de Lévis, duc de Ventadour, vice-roi de Nouvelle-France. Ils s’étaient déliés de leurs engagements matrimoniaux pour se donner tous deux à Dieu.

Le duc fut ordonné prêtre tandis que la duchesse entre au Carmel d’Avignon en 1628. Ils sont à l’origine de la Société du Saint-Sacrement qui fera parler d’elle lors de la fondation de Montréal.

Le pieux dessein d’Hélène de Champlain ne se modifie pas, en dépit de ses difficultés. Elle n’a aucune obligation en ce bas monde. Son père et son mari sont décédés. En accord avec ses supérieures à Paris, elle s’éloigne du noviciat pour se rendre à Meaux où elle fonde un monastère d’Ursulines qu’elle dirigea pendant plusieurs années.

Le 20 décembre 1654, dix-neuf ans après le décès de Champlain, après une courte maladie d’une semaine, la belle Hélène de Saint-Augustin mourut en odeur de  sainteté.

Tiré du livre : Le Mémorial du Québec

Texte fourni par notre amie et collaboratrice Marguerite Lafontaine

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