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Catherine Durand 

Filles du Roy

Tous les  bigames ne sont pas de mauvaise fois. À preuve, la rapidité avec laquelle  ils régularisent leur état après avoir appris la bouleversante vérité. Le cas de Pierre Pichet en témoigne éloquemment.

 Né vers 1636, ce Pierre Pichet est le fils de Pierre et d’Anne Pinet, de Saint-Georges, évêché de Poitiers. Comme nombre de jeunes gens de son époque, Pierre est attiré par les terres du Nouveau Monde. Au printemps de 1662, il s’embarque sur un voilier en partance pour Québec. Âgé de vingt-six ans, Pierre laisse une femme en France avec l’intention, bien arrêtée, de la rappeler sitôt qu’il sera définitivement établi en Nouvelle-France. Effectivement, le jeune poitevin trime dur à la  journée longue.

 Quelques temps après son arrivée «Louis Pichet son frère luy auoit enuoyé une lettre missive, par laquelle il lui  mandoit que Marie Lefebvre sa femme estoit décédée.

Sur foi de cette triste nouvelle, Pichet se pense désormais aussi libre que l’air. Après quelques années de veuvage, il s’éprend de Catherine Durant qu’il épouse à Québec, le 25 novembre 1665. Catherine, qui a vu le jour en 1639, est la fille de Pierre Durand et de Jacquette Courtois, de Saint-Eustache de Paris. Le nouveau couple ne manquera pas d’héritiers. Mentionnons Jean-Baptiste (octobre 1666) , Adrien (novembre 1668) et Marie-Madeleine (novembre 1670).

L’année suivante (1671) Pierre Pichet apprend une renversante nouvelle lorsqu’«un homme venant de France lui dit qu’elle (Marie Lefebvre, sa première épouse ) étoit encore vivante et que ce qui lui avait été dit n’était pas véritable». Que penser de cette révélation? En homme d’honneur, le mari, bigame involontaire, passe immédiatement en France «où il trouva la dite Lefebvre encore vivante . On imagine le drame qui secoue  intérieurement Pichet . Malgré toute l’affection qu’il a pour Catherine Durand, sa seconde épouse, et pour les enfants qu’elle lui a donnés, Pichet décide quand même de ramener sa première femme en Nouvelle-France et d’exposer clairement son cas à Monseigneur de Laval. Ce qui suit est dans la meilleure tradition du mélodrame. Le couple s’embarque sur un voilier commandé par le capitaine Poullet. Le hasard arrange bien les choses, puisque Marie Lefebvre décède au cours de la traversée. Sitôt arrivé  à Québec, Pichet court se jeter dans les bras de Catherine Durand. Dernière formalité, leur mariage est réhabilité par l’Église, le 9 septembre 1673. Tous les problèmes ne sont pas réglés pour autant. Qu’il le sache ou pas, Pichet est déjà marié lorsqu’il prend Catherine Durant pour femme. Les enfants nés de cette union ne peuvent être  considéré comme issus de légitime mariage. Légalement, cette progéniture ne pourra hériter du bien paternel, au terme des conventions matrimoniales passées devant le notaire Fillion, en date du 23 novembre 1665. Mais la réhabilitation de l’État viendra deux jours après celle de l’Église. Le 11 septembre 1673 un arrêt du Conseil donne aux enfants Pichet la plénitude de leurs droits civils et les déclare « capable d’hériter». Cette procédure arrive à point, car la famille Pichet n’a pas fini d’augmenter. Peu après sa réhabilitation religieuse et civile de son mariage, le couple fait baptiser un fils, Pierre à Québec, le 19 juillet 1674. Puis, naîtront successivement à Québec Catherine (21 décembre 1677), François (2 octobre 1681), Ignace-Joseph (19 octobre 1685) et Louis (17 septembre 1691).

Pierre Pichet s’éteindra finalement à Repentigny, où il est inhumé le 30 octobre 1713.

 

Tiré du livre : La vie libertine en Nouvelle France au dix-septième siècle, en page 54-426-42de Lionel Séguin
Texte fourni par notre amie et collaboratrice Marguerite Lafontaine

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