Accueil      Les 700 Filles du Roy  Filles à marier Le Régiment de Carignan  Navires départ de Dieppe 
  Actes de baptêmes Filles du Roy Généalogies Filles du Roy de la Vienne Poitou Navires Départ du Havre
Mes ancêtres, les Filles du Roy Actes mariages Filles du Roy Actes mariages Filles à marier Base de données  Navires départ de La Rochelle

 

Marguerite MARECHAL, une Limousine « Fille du Roy »


par Didier Ouvrard

 


BLason du Limousin

 
  Marguerite MARECHAL est née vers 1636 dans la paroisse Saint-Pierre-ès-Liens de Thouron. Nous l’apprenons grâce à son acte de mariage conservé aux archives du Québec. Ce document est filiatif et nous révèle qu’elle est la fille de feu Pierre MARECHAL et de Jeanne DUBOIS. Elle est la seule Limousine connue actuellement, recrutée par le roi Louis XIV pour aller peupler la colonie.
 
 
 


Acte de mariage de Sébastien DOYSON et Marguerite MARÉCHAL
2 novembre 1669 Sainte-Famille, Ile d'Orléans
Sources : Archives du Québec
 

 
 

Elle part en Nouvelle-France le 15 mai 1669 (1) à bord du vaisseau le « Saint-Jean-Baptiste » avec 149 autres « Filles du Roi » et arrive à Québec le 30 juillet. Deux mois et demi de traversée sont très éprouvants.  Venant d’une région où l’on parle quotidiennement l’occitan Limousin, elle a dû apprendre la langue de l’Île-de-France  pour s’intégrer à cette nouvelle société car c’est ce français qui est parlé dans la colonie par les religieux, les administrateurs et les militaires. La grande majorité des émigrants venant de Paris et des provinces royales de l’ouest parlent une langue d’oïl. Elle a embarqué à La Rochelle, le navire arrivant de Rouen et Dieppe avec à son bord des Normandes et beaucoup  de filles de l’Île de France. Elles étaient sous la direction de madame BOURDON, elle-même fille du roi. C’est un des plus importants contingents de filles envoyés.

Il y avait aussi dans le navire douze chevaux destinés aux seigneurs de la Nouvelle-France.

Elle trouve vite un parti pour une union dans son nouveau pays. C’est le 2 novembre 1669 que la cérémonie de mariage a lieu à  l’église de Sainte-Famille,  première paroisse de l’île d’Orléans, entre Marguerite et Sébastien DOYSON . Celui-ci est veuf de Catherine de la Porte. Il est le fils d’Aubin et Jeanne CHARTIER, tous les deux de Nantes. Sébastien est né vers 1626 à Saint-Jacques de Pirmil à Nantes. Les époux ne savent pas signer. Ils ont passé un contrat de mariage devant le notaire Pierre DUQUET le 29 octobre 1669 (comme 82 % des filles du roi, Y. LANDRY). Sa dot s’élève à 150 livres, dont 50 données par le roi. Nous l’apprenons dans le contrat de mariage (1). Cela permet de vivre deux années (il faut compter 60 l de nourriture par an) (2). C’est aussi le prix de 3 vaches à ce moment là au Canada (2).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Contrat de Mariage
Sébastien DOYSON et Marguerite Maréchal

29 octobre 1669 à Québec
devant le notaire Pierre DUQUET

 

 

 

 

 

 

 


Sources :
Archives nationales du Québec

Les signatures au bas du document montrent qu’elle est accompagnée jusqu’à son mariage depuis son recrutement, le départ à La Rochelle et jusqu’à son installation dans l’Île d’Orléans. Le baron de Lahontan  dans ses écrits sur la Nouvelle-France doutait de l’honnêteté des filles (3). Il est contredit par les révélations des documents étudiés. A leur arrivée, les filles sont accueillies dans les institutions religieuses de femmes à Québec. Jusqu’à leur union devant un prêtre, ceux et celles qui ont à charge d’exécuter la volonté du roi œuvrent pour ne pas faillir car elles sont pupilles royales.
 

 Marguerite vient d’un petit village isolé au centre du royaume alors que Sébastien est originaire d’une ville portuaire ouverte sur le monde. Ils ne parlent pas la même langue à l’origine. Leur mixité sociale et culturelle est complète.

Le recrutement de Marguerite est très surprenant. Comment en plein cœur des monts de Blond a-t-elle pu être choisie ?

 


Monts de Blonds
http://www.stratobiker.com/tag/monts-de-blond/

 

Dans les paroisses de village, c’est le curé qui recommande les recrues. A l’époque celui-ci se nomme Pierre BARREGE, il est prêtre de Thouron de 1658 jusqu’à sa mort en 1687 (4).

Autres possibilités, les familles seigneuriales de la paroisse qui auraient été au courant de la politique d’émigration voulue par le roi et mise en place par Colbert.

Le château de Thouron est la propriété des Dupeyrat depuis 1637 (Jacques Dupeyrat, trésorier de France en 1637).Dans le village, il y a aussi l’habitation dénommée château de VAUCOURBEIL  et alliés à cette famille de Vaucourbeil, les Madot. (4 ).

Un recruteur passant en Limousin a-t-il réussi en convainquant le curé, la mère de Marguerite, les familles nobles à la laisser partir vers le nouveau monde pour une meilleure vie que celle semblant l’attendre en tant qu’orpheline ?

 


Eglise  romane de Thouron du XIIème siècle
 
Photo Didier Ouvrard

Fonts baptismaux de l’église,
servant actuellement de bac à fleurs,
situés devant la croix  du village
Photo Didier Ouvrard

Ce que lui réserve la Nouvelle-France et qu’elle va découvrir est tellement différent qu’on peut imaginer ses peurs et ses espoirs : un pays à la nature quasiment vierge, d’immenses forêts primaires, des animaux différents, des plantes (maïs, courges, bleuets) et des usages et traditions (tabac). Des peuples qu’on appelle « sauvages », qu’elle va côtoyer tout le restant sa vie : Hurons, Algonquins, Micmacs, les ennemis Iroquois et le danger de mort ou d’enlèvement constant qu’ils font courir auprès des colons.
(3 et 5).

 


L’Ile d’Orléans, carte de 1670,
 Archives nationales de France
département des cartes.

 

Le majestueux fleuve Saint-Laurent et les chutes Montmorency en face de l’Ile d’Orléans. Le très long et froid hiver Canadien qui gèle toutes les rivières qui servent aux déplacements en canoë ou raquettes.

La nourriture est abondante et tous le monde a droit de pêche et de chasse. Les échanges de savoirs avec les Amérindiens amis permettent une adaptation aux rudes conditions de vie de cette terre et d’en tirer le meilleur parti : alimentation, habillement, herbes médicinales ; l’usage des raquettes pour marcher dans la neige.

 


Nouvelle Eglise de Sainte-Famille de l’île d’Orléans

Photos D. OUVRARD

 

L’ancienne était située non loin et la plaque commémorative rappelant la date d’érection canonique du premier sanctuaire.
 
Photos D. OUVRARD

Marguerite et Sébastien s’installent dans l’île d’Orléans à Sainte-Famille. Deux enfants naissent du couple :

Catherine, la puinée vient au monde le 6 juillet 1672  et décède vers 1680 dans la même paroisse (6).

Marguerite, qui va laisser une descendance nait le 8 février 1671 à Sainte-Famille. Elle se marie dans sa paroisse le 30 octobre 1687 avec Claude PANNETON dit « le fifre » né le 9 avril 1663 à Renaison en Loire, arrivé dans la colonie comme soldat.

Ce couple va vivre à Sainte-Famille puis se déplacer à Québec où Claude décède le 9 août 1725 à l’hôtel-Dieu. Marguerite DOISON épouse PANNETON décède à Trois-Rivières le 31 mars 1751. Ils ont 11 enfants, au moins 20 petits-enfants connus à ce jour (6).

Sébastien DOISON décède le 1er janvier 1685 à Sainte Famille. Il est inhumé le lendemain.

 Marguerite MARECHAL décède le 14 mars 1698 à Québec où elle était partie vivre, sans doute pour suivre sa fille .

Vivent aujourd’hui en Amérique de nombreux descendants du couple Thouronais : MARECHAL-DUBOIS, grâce à la grande aventure de leur fille Marguerite.

On ne trouve pas le patronyme MARECHAL (MARESCHAL) sur les relevés de Thouron pour cette époque là. En revanche il est très présent à Bellac (20 km). Le patronyme DUBOIS est lui présent sur tout le département de la Haute-Vienne.

 

 

Sources et bibliographie.

-1 « Les filles du roi au XVII siècle » ; Yves LANDRY ; Leméac.

-2 « habitants et marchands de Montréal au XVIIe siècle » ; Louise DECHENE ; Boréal compact.

-3 « Mémoire de l’Amérique septentrionale » ;  Lahontan ; LUX.

-4 « Dictionnaire historique et géographique de la Hte Vienne » ; A. LECLER

-5 « Carnet de voyage au Canada » ; Samuel de Champlain.

-6 Fichier origine

Archives du Québec.

Archives nationales de France.

« Mœurs et histoire des Indiens d’Amérique du Nord » ; R. Thevenin  P. Coze ; petite bib. Payot.

« Histoire populaire du Québec des origines à 1791 » ;  Jacques Lacourcière ;  Septentrion.

« Au temps de la petite vérole la médecine au Canada aux XVII et XVIII siècle » ; Rénald Lessard ; Septentrion.

Didier OUVRARD, adhérent  AGL.

 






 

Haut de page