ACCUEIL         Retour : Enigmes , révision et correction   

   

André POUTRÉ dit LAVIGNE et Jeanne BUREL
par Gilles Tremblay

Gilles Tremblay

 
   

André est né vers 1646 dans la paroisse Saint-Géry anciennement de l'évêché de Valenciennes, aujourd'hui paroisse de Saint Vaast-Saint Géry à Cambrai.
Il était le fils de Pierre et de Philippe Racquet aussi connue sous le nom de Philippote Ouaroque. Je ne sais rien de son enfance en France, sauf qu'il a certainement appris la cordonnerie et qu'il s'enrôlait dans le régiment de Carignan-Salières dans la compagnie de Saurel. «
Embarqué à bord du navire La Paix au départ de la Rochelle le 13 mai 1665 et arrivé à Québec le 19 août 1665 »1.

 

Cambrai telle que l'a connu André Poutré dit Lavigne

Cambrai aujourd'hui

   

Probablement durant l'été 1667, il était démobilisé et décidait de rester en Nouvelle-France. Les conditions pour garder les soldats démobilisés en Nouvelle-France étaient intéressantes. Outre certainement de sa solde dû, André pouvait compter sur une concession de terre et différents autres avantages matériels et financiers. Il faut dire qu'il avait rencontré Marguerite Éloy, une fille du Roy arrivé le 25 septembre 1667à bord du navire " Le St Louis de Dieppe" et le même jour ils signaient un contrat de mariage chez le notaire Becquet. Tous deux devaient se raviser, car le 1er novembre 1667 André signait un nouveau contrat avec une autre fille du Roy du nom de Jeanne Burel chez le même notaire. Le 3 novembre suivant ils étaient mariés

   

Acte de mariage de André Poutré dit Lavigne et Jeanne Burel

 

Jeanne est née cers 1649 dans la paroisse Saint-Denis de la commune de Duclair. Elle était la fille de feus Daniel et Anne Le Suisse. Je ne sais rien sur son enfance mis à part qu'elle soit devenue orpheline et prise en charge par les autorités. Compagne de voyage de Marguerite Éloy, Jeanne ne devait pas trouver meilleure partie qu'André. Le couple s'installait sur une terre de la seigneurie concédée par nul autre que son capitaine de régiment Pierre de Saurel. C'était donc à cet endroit que le couple a eu la majorité des enfants. Au recensement 2 de 1681, la famille possède sur sa concession un fusil, une vache et six arpents en valeur. Ce qui devait à peine suffire pour nourrir la famille. Je ne sais pas s'il retirait des revenus d'appoint de son métier de cordonnier, c'est très possible. La vie à Sorel était sans doute devenu trop lourde, car vers 1686 la famille se retrouvait installée à Montréal dans le quartier Pointe-aux-Trembles. Il avait donc dû remettre sa concession à la veuve de son seigneur moyennant peut-être une légère compensation car rien n'indique qu'il a vendu sa concession. Les trois derniers enfants devaient naître à Montréal. Il a donc pu vivre de son métier de cordonnier dans un endroit où la densité de la population lui permettait de s'assurer d'un modeste niveau de revenues. Jeanne 3 devait quitter ce monde la première vers le 17 avril 1724.

   

Acte de sépulture de Jeanne Burel
 

André 4 n'a pas semblé supporter le départ de Jeanne, il devait la rejoindre dans l'éternité moins de deux mois plus tard, le 1er juin 1724.

 
Acte de sépulture de André Poutré
 

Charlotte a quant à elle assurer la lignée des Thérien. L'histoire devrait se terminer là sauf que c'était sans compter sur l'abbé Cyprien Tanguay.
Dans le volume I de son dictionnaire généalogique il décrit la famille Poutré 5 de la façon suivante;

   



Le lecteur peut apprécier l'ajout de l'abbé surligné en jaune. L'expérience me permet de dire que l'ecclésiastique a frappé un os quand il ajoute b.... Ce signe montre qu'il n'a pas pu concilier l'ensemble de l'information qu'il détenait. Comme un mauvais comptable, il a tricher pour balancer. Il a par contre la qualité de son défaut, il est rigoureux et honnête, car s'il avait omis b... il aurait été plus difficile de s'en apercevoir. L'abbé a compensé une information en ajoutant une information vague ce qui est de loin préférable à une omission pure et simple. Comme il est rigoureux il devient prévisible car il répète son inconfort sans rien omettre, il parle à celui qui veut l'entendre. C'est la première fois que je suis convaincu qu'un auteur nous parle au-delà du texte. b...veut dire que quand tu me vois, regarde au moins deux fois car moi je n'ai pas compris. C'est le deuxième cas auquel je suis confronté. Le premier cas concernait Marie-Madeleine-Louise Hébert insérée dans la famille d'Augustin Hébert et Adrienne Duvivier. Alors qu'est-ce que Cyprien n'a pas compris? Pour répondre à cette question, il a fallu regrouper les données disséminées dans les différents volumes. Puis j'ai recherché des informations externes pouvant me donner une piste. Le recensement
de 1681 m'a donné le bon diapason.

 

Extrait du volume I du dictionnaire généalogique de Cyprien Tanguay concernant la famille Poutré.

 
   


Le recensement de 1681

Lorsque l'on compare l'énumération ci-contre avec la précédente de Tanguay avec l'hypothèse que le recenseur a vu tout ce qu'il y avait à voir, il est possible de constater qu'il y a un enfant féminin de trop et que Jean devient André. Sur ce dernier point je suis d'accord avec les généalogies qui appellent le garçon Jean-André, d'autant que ça ne remet pas en cause son existence. Ce n'est par contre pas le cas de la fantomatique Marie. En reprenant l'énumération de Tanguay, j'ai associé les mariages des différentes Marie.

Extrait du volume V de l'histoire des canadiens-français de Benjamin Sulte

 
   

Marie b 1668; m à Claude Sancerre; s 18 sept. 1696.

Il y a trois références qui semblent se rapporter à cette Marie dans le volume I du dictionnaire:

Volume I du dictionnaire: référence de lapage 539  Volume I du dictionnaire: référence de la page 230
   

Il est possible de remarquer une évolution entre le volume I et le volume IV. D'une part on remarque qu'un des surnoms des Féron est Sanscerre, Claude me semble devenir Jean-Claude. Dans le volume 1, il n'y a aucune année de baptême et elle est déjà veuve de Louis Pacaud alors qu'elle ne l'est plus dans le volume IV et alors que nous retrouvons une année de baptême. L'année de baptême montre le choix de Tanguay Il devient implicite que cette Marie est la veuve de Louis Chapacou. En fait, pour faire une histoire courte, Claude Sancerre est le même individu que Jean Féron dit Sanscerre. Il a marié la fille aînée Marie qui a été inhumée le 18 septembre 1696. Pour prouver ce qui précède il faut concilier la date des secondes noces de Jean Féron avec la date d'inhumation de Marie l'aînée. Disons que si la date des noces était postérieure à la date d'inhumation, ce serait une preuve convaincante. Questionnons donc cette date pour savoir si elle est identique à celle de Tanguay soit le 27 janvier 1696.

Référence au volume IV page 21

 
   


Fiche de mariage du site BMS de Jean Féron et Élisabeth Patenostre tirée le 1er décembre 2009

   
Conséquemment, mon interprétation à plus de chance de correspondre à la réalité des faits que la version publiée par l'abbé. Or, qu'advient-il de Louis Chapacou?

Fiche de mariage du site BMS de Louis Chapacou et Marie Poutré tirée le 1er décembre 2009
   

La seule fille de la famille Poutré disponible pour le mariage en 1681 était également l'aînée. Elle était donc veuve de Louis Chapacou 6 lors de son union avec Jean Féron et selon Tanguay elle aurait été la mère d'une petite fille prénommée Marie et baptisée le 7 mai 1690 à Boucherville. En fait, le site BMS présente deux enfants nommées Marie Chapacou une baptisée à Boucherville qui décédera en bas âge et l'autre à Longueuil en 1690.

Marie-Madeleine b 27 décembre 1670; m 28 mai 1687, à Antoine Morand

L'information reliée à cette Marie m'est apparue exact d'autant plus qu'elle mariait en seconde noce à Montréal, Antoine Gabriel le 21 avril 1709 et qu'elle est présentée par Tanguay comme la veuve d'Antoine Morand 7.

Marie b 1672; 1* m 20 avril 1688, à Louis Chapacou; 2 * m 9 sept. 1692, à Jean Féron.

Ces informations sont erronées car elles appartiennent à l'aînée des sœurs Poutré selon la démonstration faite précédemment. Il est par contre exact, selon BMS, que le 20 avril 1688 elle se mariait avec Joseph Chapacou et de cette union est née en 1690 une enfant également prénommée Marie et baptisée à Longueuil la même année. Selon Tanguay 8, cette enfant s'unira à Jean Blouf à Varennes.

   

Fiche de mariage du site BMS de Joseph Chapacou et Marie Poutré tirée le 1er décembre 2009
   

Puis le mariage 9 de Marie en seconde noce avec Jean Duclos, nos ancêtres, complètent l'information sur cette Marie. Dans le volume III, Tanguay présente l'épouse de Jean Duclos sous le nom de Marie Poudret, veuve de Jean-Joseph Pacaut. L'abbé est finalement revenu dans le droit chemin.

Marie b... ; m 23 mars 1693, à Jean Duclos.

Elle n'a jamais existé.

Louis Chapacou 10 .

Je me permets de conclure sur un dernier ajout de Tanguay concernant un Louis-Joseph b.... Il est indéniable qu'il a existé selon le contrat de mariage annulé en 1673 5 et son mariage en 1681 voir ci-dessus. Je suis persuadé que Louise b 1654 n'a jamais existé et que c'est plutôt Louis l'aîné. Selon cette hypothèse, en 1673 Louis Chapacou avait donc 19 ans alors que son concurrent Crespin Thuillier en avait 28 donc mieux installé et sans enfant. Jeanne Braconnier a donc fait un choix avisé. Au mariage de 1681, sa jeune épouse avait 13 ans et Louis approchait la trentaine. Dans ces conditions, Louis devait alors représenté un bon parti pour les parents de la petite Poutré qui n'a probablement pas eu d'autre choix que d'accepter. Au décès de Louis, il avait au plus 38 ans et elle 24 donc encore très en âge de se remarier, nous connaissons la suite. Une interprétation11 correspondante sur le web qui va dans le même sens.

   

Fiche de mariage du site BMS de Jean Duclos et Marie Poutré tirée le 1er décembre 2009
   

1Bernard Quillivic et als, Migrations, Régiment de Carignan, http://www.migrations.fr/compagniescarignan/compagniedesorel.htm , 29 novembre 2009

2Benjamin Sulte, Histoire des canadiens-français, Tome V, page 74

3Our Family Genealogy Pages, http://www.thenavarres.com/genealogy/getperson.php?personID=I15411&tree=NavarreAndrus, 29 novembre 2009

4Ibid.

5Abbé Cyprien Tanguay, Dictionnaire généalogique des Familles Canadiennes , Tome I, page 438

6« Jeanne Braconnier avait passée un contrat de mariage le 10 septembre 1673 devant le notaire Becquet, avec Louis Chapacou, annulé par la suite. » , Bernard Quillivic et als, Migrations, Filles du Roy, http://www.migrations.fr/700fillesroy.htm, 30 novembre 2009

7Abbé Cyprien Tanguay, Dictionnaire généalogique des Familles Canadiennes , Tome IV, page 116

8Abbé Cyprien Tanguay, Dictionnaire généalogique des Familles Canadiennes , Tome I, page 457

9Abbé Cyprien Tanguay, Dictionnaire généalogique des Familles Canadiennes , Tome I, page 208 et volume III page 496

10Abbé Cyprien Tanguay, Dictionnaire généalogique des Familles Canadiennes , Tome I, page 113

11Fragments d'Histoire et Généalogie des Familles Lamarre et Bourget, et des Familles apparentées, La Famille «Chapacou  Poudret http://www.lamarrebourget.ca/Biographies/FamillesChapacou/LouisChapacou.html#BiographieLouisChapacou 30 novembre 2009te (1)» et les Alliances par Mariages,

   

Haut de page