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Parcours d'une Fille du Roy:
 

Marguerite DESHAIES
 

de France à la Nouvelle-France 1670

 

par Gérald Ménard
Varennes 2013 
 

 

Dessin de Weathers, Tiré de l'édition anglaise de la collection Nos Ancêtres

 
 

Le texte qui va suivre, est l'histoire de mon ancêtre maternelle en la personne de Marguerite Deshaies, du moins de ce que nous savons sur elle et sa sœur Marie.  Le peu de renseignements que nous avons sur elles, nous ont été fournis par des écrits tirés de différentes histoires se rapportant à d'autres Filles du Roy.  Bien que nous ayons certains documents les touchants personnellement, ces derniers sont si minimes que cette histoire sera considérée plutôt hypothétique.  

Une mise au point doit être établie ici en rapport à ce que certains historiens se demandent si Marguerite Deshaies est bien la sœur de Marie Deshaies mariée à Adrien Bétourné dit Laviolette Je peux l'affirmer, puisque deux contrats de mariage nous apportent cette preuve.  Un contrat de mariage en date du 26 juin 1689 entre François Gélineau à Marguerite Mesnard chez le notaire J.B.Fleuricourt, et un autre en date du 9 octobre 1697 entre Pierre Chevalier dit Labbé et Madeleine Mesnard chez le notaire Antoine Adhémar.

Sur ces deux contrats, il est dit : «Étaient présent Adrien Bétourné dit Laviollet et Marie Deshaies oncle et tante Maternel de ladite Mesnard ».  Peut-on avoir une preuve plus significative ?

Gérald Ménard


Parcours d'une Fille du Roy:

Marguerite DESHAIES

 

 

Qui étaient ces jeunes filles que l'on a nommées Filles du Roy?  Contrairement à ce que plusieurs croyaient être des prostituées, c'étaient de jeunes orphelines ou jeune filles issues de familles pauvres entretenues par l'État, ou tout simplement de jeunes filles voulant s'engager volontairement à une vie de liberté et aventureuse.  Ces jeunes filles souvent dégradées et calomniées par des “écrivailleurs d'histoire peu scrupuleux”, tels les Saint-Amant, Bussy-Rabutin, La Hontan, Vergennes etc., ne sont pas et de loin ce que plusieurs  pensaient.  

Pierre  Boucher disait en 1664 :

“Il n'est pas vray qu'il vienne icy de ces sortes de filles, et ceux qui en parlent de la façon, se sont grandement mépris, et ont pris les Iles de St-Christophe et de la Martinique pour la Nouvelle-France :  S'il y en vient icy, on les connaist point pour telles ; car avant que de les embarquer, il faut qu'il y aye quelques uns de leurs parents ou amis qui assurent qu'elles ont toujours esté sages :  Si par hazard il s'en trouve quelques-unes de celles qui viennent, qui soient décriées, ou que pendant la traversée elles ayent eu bruit de mal-comporter, on les renvoye en France. ” 1

 

Quel était le motif de ses jeunes filles à vouloir volontairement partir vers un pays inconnu et peu prospère qu'était la Nouvelle-France.  La réponse reste la même pour tous. L'intention de trouver mari, former un foyer et le rêve d'une liberté autre que la misère.  À la seule recherche d'un avenir conjugal, les Fille du Roy ont contribué à cette multiplication de la population, que ne cessaient de réclamer Louis XIV et Colbert.  Et aussi mériter de devenir les aïeules vénérées d'un peuple nouveau. 2

 

Ces filles étaient issues de maisons de refuge, tel La Salpêtrière, hospice et orphelinat de l'Hôpital général de Paris, de la Maison  de Pitié  de  Rouen, ou recrutées par les curés des paroisses de la place. 

 

Il y avait dans ces deux villes un réservoir de femmes jeunes, saines de corps et d'esprit, libre d'attaches familiales, qui ne pouvaient qu'accepter de partir. 3

 

Dans ces instituts, tous les résidants recevaient un solide enseignement religieux et on leur apprenait à tricoter, à coudre, à faire de la broderie et de la dentelle, ce qui, après quelques années de formation, devenaient des femmes prêtent à affronter la vie qu'on leur offrait.  Pour obtenir cette vie si recherchée, le ministre Colbert et Talon souhaitant peupler la Nouvelle-France  avec l'approbation du Roi Louis XIV, invita ces jeunes femmes à aller fonder un foyer en ce nouveau pays le Canada.

 

Il est à peine quatre heure du matin, lorsque partie  les jeunes filles du pensionnaire de la Maison de Pitié, marchant dans les campagnes de Rouen, capital de la région Haute-Normandie  et longeant la rivière la Bièvre.  En chemin faisant, vint les rejoindre, un autre groupe de jeune fille venue de Saint-Jacques vers les bords de la Seine, où attendent celles de l'Hôpital 
de Paris appelée Salpêtrière.
4

 

 
 

 

La Salpêtrière, dépendance de l'Hôpital général de Paris,
est ainsi appelée parce que le bâtiment a été construit sur l'emplacement d'une fabrique de poudre.

 

  Elles  montèrent dans un bateau plat en chantant encore et toujours le «Veni creator».
Elles descendirent la Seine jusqu’au pont du Louvre où était amarré un grand «foncet» de Rouen.
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Le foncet est le bateau de transport principal à fond plat
de la basse Seine jusqu'au milieu du XVIIIe siècle.

 
     
 

On les place dans le "foncet" sur des bottes de paille couvertes de toile, avec au milieu du bateau leurs hardes bien emballées; d’un côté celles de la Pitié, de l’autre celles de la Salpêtrière. Les administrateurs sont là, de même que la directrice de la Salpêtrière, Mademoiselle de Mouchy, qui exhorte toutes les filles à se soumettre à l’autorité de la sœur officière. A dix heures du matin elles partent enfin…

Ces lignes ci-haut mentionnées, sont inspirées d'un court récit tenant sur un mince feuillet, découvert dans les archives de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris début 2010 (à ma connaissance, le seul témoignage émanant de l’Hôpital général qui relate un départ de ses pensionnaires vers le Canada.) 6

 
 

 
 

En 1670, Marguerite Deshaies était une de ces jeunes filles qui avait acceptée cette aventure et pour cause, car Marguerite  avait une sœur du nom de Marie, qui avait déjà fait le même trajet deux ans auparavant en direction vers le Canada avec le contingent de 1668 sur le navire appelé Nouvelle-France. À son embarquement, Marie Deshaies avait 25 ans selon l'âge de 64 ans à son décès en 1707 à l'Hôtel-Dieu de Montréal.  Ce navire de 250 tonneaux appartenait au négociant Pierre Gaigneur de Rouen et dirigé par le capitaine Alain Durant.  Ne sachant la date de son départ, combien de temps ce navire a-t-il pris pour traverser l'océan  Atlantique à partir de La Rochelle  jusqu'à Québec?  Ça je ne saurais le dire, mais je sais qu'il est arrivé au port de Québec le 03 juillet 1668.


Les recrues qui débarquaient à Québec, étaient dirigées et escortées par des gouvernantes, telles Mesdames Bourdon et Estienne.  Elles les dirigeaient dans leurs décisions au mariage et signaient souvent au bas de leur contrat de mariage devant notaire.  Madame Élisabeth Estienne apposa sa signature sur 52 contrats de mariage pour les filles du contingent de 1670.


Fille du Roy elle-même, Marie Deshaies était déjà sur place au Canada et s'était mariée la même année de son arrivée, à un soldat du régiment de Carignan en la personne d'Adrien Bétournay dit Laviolette, agriculteur et devenu bourgeois par la suite. 

Marie  Deshaies avait reçue le sacrement de confirmation le 20 mai 1669 au fort Saint-Louis de Chambly, soit environ un an après son arrivée.  Avoir reçu le sacrement de confirmation, cela voulait dire qu'elle et sa sœur Marguerite devaient être de religions catholiques ?  Pourtant, plusieurs historiens nous disent dans leurs relevés, que les sœurs Deshaies seraient de religion protestante.
 

 

Enregistrement des confirmés du fort St-Louis de Chambly, registre N.D. de Québec

 

 


Certaines Filles du Roi abjurèrent avant de quitter la France. La plupart avaient été baptisées dans un temple protestant, d’autres le firent à leur arrivée en terre d’Amérique.
7  

 

Si les historiens disent vrai, les sœurs Deshaies  avaient-elles abjuré à leur religion?  Nous n'en avons pas la preuve.  Pour que Marie Deshaies  reçoive le sacrement de confirmation, c'est quelle était, soit de religion catholique ou qu'elle l'est devenue en abjurant à sa religion protestante. Son époux Adrien Bétournay dit Laviolette était catholique, baptisé en France en 1635 et a reçu le sacrement de confirmation à Québec le 24 août 1664 à l'âge de 27 ans.  Pour ce qui est de Marguerite, nous n'avons trouvé ni acte d'abjuration, ni acte de confirmation.

Donc il reste encore beaucoup de recherches à faire, afin de prouver si les sœurs Deshaies étaient réellement de religion catholique ou protestante.

 

 

 Ce que nous savons de Marguerite Deshaies, si elle n'était pas orpheline ou n'était pas pensionnaire de la Maison de Pitié de Rouen en rapport à son état de pauvreté, elle fut  certainement recrutée tout comme ses compagnes, à la demande de Colbert par le sieur Guenet de Rouen et devait faire partie des soixante-quatre personnes embarquées à Dieppe en 1670.8   

Comme dit précédemment, Marguerite Deshaies fit le  même voyage  que sa sœur Marie, sur le même navire, mais dans le contingent de 1670, soit deux ans plus tard.  Marguerite, d'après l'âge de 63 ans inscrit à l'acte de décès du 17 novembre 1709 à Repentigny au Québec, serait née vers 1646 et aurait eu environ 24 ans à son départ pour la Nouvelle-France.

Nous ne savons pas si les sœurs Deshaies avaient une famille?  Si elles étaient  pensionnaires de la Maison de Pitié de Rouen, elles auraient été probablement reconnues orphelines?  Il ne faudrait pas oublier que ces établissements gardaient aussi les enfants de familles pauvres qui étaient délaissées par leurs parents ou  abandonnées à la charité publique faute de moyens de subsistance.  Elles ne savaient ni lire, ni écrire et étaient incapable de signer leur nom.

À cette époque, Rouen, comme toutes les villes du royaume, étaient fréquemment frappées par des épidémies dues à l'absence d'hygiène dans une ville tassée, dont certains quartiers étaient particulièrement insalubres. La dernière épidémie de peste à Rouen date de 1666 à 1669. Il est possible que les parents soient décédés suite à cette épidémie et par la suite, avoir été placés à l'orphelinat.  Çà, je crois que nous ne le saurons jamais.

Il est regrettable que, ni pour Marguerite ni pour sa sœur Marie, nous n'avons put retrouver leurs actes de mariages.  Cela nous empêche de connaître le nom de leurs parents, de l'endroit où elles sont nées et surtout, ce qui nous aurait donné la chance  de pousser d'avantage  nos recherches  au pays de nos ancêtres, la France.

 

 

 Au port de Dieppe, Marguerite Deshaies embarque avec ses compagnes d'infortune, sur un voilier dont elle ne peut lire le nom. Elle sent et sait qu'elle ne reverra jamais ses amis, ni Rouen, ni son pays  qui l'a vue naître. 10

 

"La traversée de l’Atlantique  n'était pas de tout repos et s’éternisait deux ou trois longs mois. Sans oublier la remontée éblouissante, mais très difficile du Saint-Laurent qui pouvait prendre encore des semaines. Elles avaient bien le temps de faire connaissance, de nouer des amitiés, de commencer à tisser la toile du monde futur. C’est aussi sur le bateau que débutait la francisation des unes par les autres. Les Parisiennes, plus nombreuses, maîtrisaient le français officiel et entraînaient les « patoisantes » dans leur sillage. Une fois débarquées, libres de choisir leurs époux, certaines furent « sœurs » dans ce choix, éliront des hommes vivant au voisinage les uns des autres. Pour la majorité de ces femmes sans lien familial, sur ces navires se dessinait la carte de leur avenir social. Une fois à terre, s’imposerait à elles le nécessaire « enracinement "  11

 

Marguerite Deshaies, telles ses compagnes, partent avec une certaine crainte.  La traversée de l'Atlantique sur des bateaux à voile du XVIIe siècle  demandait beaucoup de courage  pour ceux qui empruntaient ce genre de transport, surtout pour la première fois. N'étant pas habituées à voyager sur de tels bateaux, elles avaient la peur de leur vie, mais étant plusieurs dans la même situation, elles  s'encourageaient mutuellement.  Elles étaient quand même 120 Filles du Roy  à bord du navire  le "Nouvelle-France", en plus de l'équipage et de quelques familles avec leurs enfants.

Elles étaient entassées entre les ponts du bateau pendant toute la traversée, non loin des vaches, des porcs et des chevaux, dans une promiscuité qui rappelait celle de l’Hôpital général.12

 

 (Note: On ne peut s'imaginer ce qu'était la traversée de l’Atlantique Nord à cette époque.  Laissez-moi vous citer quelques passages d'une étude décrite en rapport à une telle traversée. )

 

Les navires du 17e siècle étaient tous semblables.  Leur coque mesurait environ cent pieds de longueur et trente pieds de largeur.  Sur les deux ponts fermés, on s’entassait pour se protéger des grands vents de l’Atlantique Nord.  On gardait une partie de ces entreponts pour les animaux vivants que l’on amenait pour les colons de Québec, ou pour la consommation au cours du voyage;  bœufs, cochons, volailles etc.  Imaginez l’odeur…sans oublier les vomis éjectés par les voyageuses occasionnés par les haut-le-cœur, à chaque fois que le bateau heurtait des vagues particulièrement violentes.

 

Il était interdit de se dévêtir et l’on dort tout habillé dans son hamac.  Après le coucher du soleil, c’est le silence absolu pour tous et aussi interdit également pour quiconque de ce déplacer.  Vers les quatre heures du matin, c’est le réveil.  Il faut attendre à six heures et demi pour le déjeuné qui est composé de biscuit ou galette qu’on amollit dans de l’eau douce.  Cette eau douce est très précieuse, mais elle devient à la longue dégoûtante, car elle devient corrompue et remplie de petits vers.

 

Pour le dîner, chacun a sa ration de viande que l’on fait bouillir dans une grande marmite.  On fait aussi un potage composé de semoule d’avoine, de fèves et de pois, en y ajoutant de la graisse.  On y mange du lard ou du bœuf salé, de la morue ou du fromage.  On mange assis à terre avec ses doigts.  Le souper est semblable.

 

Imaginez, plus de cent cinquante personnes qui ne se déshabillent jamais et qui ne se lavent pas pendant des mois…Les maladies frappaient sans discernement, surtout le scorbut produit par le manque de vitamine C. Les pires calamités étaient les infections et les épidémies. Tous étaient rapidement malades et les plus faibles succombaient.  13

 

 

 

 

Au départ de leur aventure, les Filles recevaient, de la part du Roy, une petite mallette contenant leur trousseau de jeune fille. 
Cette mallette contenait:

Une ou deux coiffes de taffetas

Un mouchoir de taffetas

un manteau à capuchon

un peigne

une bobine de fil blanc

une paire de souliers

une paire de lacets

des bas

des gants

des ciseaux

deux couteaux

100 aiguilles

1000 épingles

quatre rubans pour les cheveux

et une boîte avec deux livres tournois en petite monnaies 14

(Note: Une livre tournois valait vingt sous à l'époque)
 


Musé canadien des civilisations No.91-38
Photo: Harry Foster, D2007-08502
 

Note: Cette mallette-trousseau fermant à clé, apparaît dans de nombreux inventaires après décès de certaines Filles du Roi, tel Anne Perro en 1688. 15 

En plus de cette mallette, ces  Filles du Roy recevaient à leur arrivée,  une dot de 50 livres tournois donné par le roi lors de leur mariage, dot qui était très appréciée par les futurs mariés, car cinquante livres était une importante somme d'argent à cette époque. Par exemple, un simple ouvrier devra travailler presque un an pour faire une telle somme et un chirurgien fait de 100 à 150 livres par année.  16 Cette dot était constituée d'articles divers, soit de quelques volailles ou cochons, de meubles ou d'articles de ménage et d'argent.

 

Une question se pose à ce moment-ci?  Marguerite Deshaies et sa sœur Marie  ont-t-elles reçue cette fameuse dot?  Seul le contrat de mariage spécifiait que ces personnes avaient reçu cette dot.  Le fait de n'avoir trouvé, ni pour Marguerite, ni pour Marie leur contrat de mariage, nous ne pouvons le certifier.

 

 

 

À leur arrivée dans le golfe Saint-Laurent et être passé devant les mont Notre-Dame et Mont Louis, d'après les matelots du navire, c'est à Tadoussac, situé à l'embouchure de la rivière Saguenay (Mot indien signifiant "d'où l'eau sort") que le navire Nouvelle-France fera sa première escale depuis son départ de France; afin de laisser le temps aux hommes résidents de cet endroit, de venir à bord pour y cueillir quelques animaux et victuailles nécessaire à leur subsistance.  Au départ de Tadoussac, le fleuve se rétrécissant, cette aspérité multiplie les risques de naufrages par la présence de plusieurs  îles et récifs, tel l'Ile Rouge, l'Ile aux Lièvres et l'Ile aux Coudre et plusieurs autres petites Iles jusqu'à l'Ile d'Orléans.16a  C'est à partir de Tadoussac aussi, qu'avec l'aide d'un pilote connaissant à fond les embuches que l'on peut trouver sur ce grand fleuve, que le navire Nouvelle-France prend la liberté de remonter le Saint-Laurent jusqu'à Québec.  Et c'est le 31 juillet 1670 que les Filles du Roy y descendent et mettent le pied sur la terre ferme depuis leur départ de leur terre natale.  Elles étaient accueillies par des religieuses qui les hébergeaient pour quelques jours dans leur couvent. C'est durant ce temps que les célibataires venaient rendre visite aux nouvelles arrivantes pour enfin,  peut-être choisir sa future épouse.  Au bout d'un certain temps, si elles n'avaient toujours pas trouvé mari, elles étaient acheminées vers Trois-Rivières ou Montréal.

Mais, le fait que Marguerite  Deshaies avait sa sœur Marie  qui  était déjà sur place, Marguerite a peut-être préférée se rendre  directement vers Trois-Rivières et par la suite vers Sorel, où résidait sa sœur Marie?  Il faut dire qu'à l'époque, Trois-Rivières n'était qu'une petite bourgade comparativement à Québec.  Quelle a été la surprise de Marguerite de voir que ce village ne comprenait que quelques cabanes entourées d'une palissade en guise de protection contre les attaques Iroquoise?  Ce village englouti dans cette forêt vierge, représentait le plus petit des trois établissements implantés en Nouvelle-France  entre Québec et Ville-Marie.  Pire encore d'imaginer ce que Marguerite  a pu apercevoir quand elle s'est rendue à Sorel?  Tout simplement un fort entouré de forêt.  De plus, elle n'est pas encore au courant de la quantité de neige qui va s'accumuler sur le terrain durant l'hiver qui va venir.  Il n'est pas rare de recevoir un mètre de neige durant ces grands froid.

Serait-ce Marie et son époux qui aurait incité Marguerite à venir vers cette région?  Serait-ce elle aussi qui  lui aurait envoyé une missive, écrite par son époux, le fait de ne savoir lire et écrire, l'incitant à venir la rejoindre? Il se pourrait fort bien que ce soient eux aussi qui leur ont présenté son futur prétendant en la personne de Pierre Mesnard dit Xaintonge ou Saintonge, lui aussi soldat du régiment de Carignan de la compagnie du capitaine Pierre de  Saint-Ours, démobilisé depuis 1668.  Pierre Mesnard  dit Xaintonge  avait reçu de son capitaine, une concession de deux arpents de façade par trente de profondeur dans la seigneurie du nom de son capitaine.  Cette seigneurie était située  sur les bords du fleuve Saint-Laurent, entre les seigneuries de Contrecoeur à l'ouest et celle de Sorel à l'est et s'étendait entre la rive sud du  fleuve Saint-Laurent et la rivière "Oumaska" devenue Yamaska. 

Depuis sa démobilisation, le soldat Pierre Mesnard avait eu le temps en deux ans, de construire une maison.  Mais avant d'avoir bâti sa maison, Pierre  avait défriché un endroit de la forêt afin d'érigé  un petit abri qui lui servit au début d'un endroit où se loger et par la suite d'entrepôt pour ses animaux.

Il avait eu le temps  d'acheter ou de louer une taure, une truie et quelques volailles, ce qui était intéressant pour une jeune nouvelle épouse. 17

J'ai dis une maison, il serait plus juste de dire cabane, car cette habitation était fait de "pièce sur pièce" c'est-à-dire en billots de pin équarris à la hache, avec un plancher de madrier, toit à pignon fait de planche ou de paille, cheminée de bousillage qui servait à chauffer, à cuire les repas et à éclairer la maison le soir. Cette cabane étant composée que d'une seule pièce. En plus des occupations journalières cette pièce servait aussi de chambre à coucher pour toute la famille.  Les parents et enfants étendaient sur le sol près de cette cheminée, leurs paillasses bourrées de poil de quenouille et se couvraient avec des couvertes probablement fabriquées par Marguerite fait de lin mêlée à de la laine brute, pour se couvrir durant les froids d'hiver.  On se  collait le plus possible les uns sur les autres pour se réchauffer le plus possible et ne plus sentir le froid.

Pour Marguerite, se tasser les uns sur les autres, lui rappelait le temps quand elle était pensionnaire à la Maison de Piété de Rouen.  À cet endroit, il n'y avait pas assez de lit pour tous le monde, alors on se couchait souvent quatre ou cinq par lit.  Mais avant de dire que Marguerite et sa sœur Marie étaient réellement pensionnaires de la Maison de Piété de Rouen, il nous reste encore beaucoup de recherches à faire afin  de pouvoir en apporter la preuve.

 

Les maisons de colons comptaient peu ou pas d'ouverture, et le cas  échéant, ils les bouchaient avec du papier ou une pièce de cuir parcheminé qui laissait passer une lumière jaune et avare, cela les protégeait des insectes et du froid l'hiver. 18

 

Donc nous pouvons dire qu'à ses débuts, Marguerite Deshaies vivait dans une cabane  privée de tout confort rudimentaire   et associée bien souvent à de rudes travaux de défrichement, en secondant son époux.19 Dans plusieurs travaux généalogiques, on nous dit que les Filles du Roy venues de la Normandie, étaient de beaucoup supérieur à celles venues de Paris en ce qui regarde les travaux de la terre et du jardinage.  Donc Marguerite se devait d'être forte et ingénieuse afin de seconder son époux dans les travaux de la ferme.

 

Avant son mariage, Pierre Mesnard dit Xaintonge étant devenu  habitant-cultivateur,  avait débuté le défrichement à la pioche d'une certaine étendue de sa concession, afin de pouvoir semer et récolter quelques légumes, produit de son travail.  Avoir un toit pour se protéger des longs froids d'hivers Canadien, était un plus pour la nouvelle épouse. Le fait que le futur époux pratiquait en plus le métier de cordonnier  de la  seigneurie de Saint-Ours, cela était encourageant de voir que son homme possédant un métier, pouvait apporter un revenu additionnel pour le nouveau couple, ce que plusieurs ne possédaient pas.  Mais surtout, Marguerite a été chanceuse d'avoir déniché un homme qui n'était pas considéré "Coureur des Bois".  Je suppose que ses métiers de notaire, cordonnier et colon, lui procurait suffisamment de travail pour rester à la maison durant la saison froide.  Contrairement aux coureurs des bois qui eux, s'absentaient durant plusieurs mois l'hiver pour aller chasser et vendre la fourrure des animaux récoltés.

 

Pierre pratiquait-il ce métier de cordonnier auparavant en France ou parmi le régiment?  Ça je ne peux le confirmer, par contre, ce que je peux vous dire, est le fait que Pierre Mesnard dit Xaintonge  ou Saintonge, sachant lire et écrire, ce qui était remarquable à l'époque, son capitaine le nomma  à titre de notaire seigneurial de la seigneurie de Saint-Ours.  Par la suite, il cumulait aussi ses fonctions de cordonnier et de notaire à la seigneurie voisine de Contrecoeur.  Le fait de savoir lire et écrire, cela veut dire qu'il avait reçu un degré d'instruction au-dessus de la moyenne, puisque au XVIIième siècle, même en France, il y avait environ 80% des gens qui étaient illettrés.20

Tel que dis précédemment, de quelle façon Marguerite Deshaies a-t-elle rencontré Pierre Mesnard dit Xaintonge? Nous n'en avons aucune idée, mais quoi qu'il en soit, ils se sont épousés vers les années 1670 et le mariage célébré dans la région du Richelieu ou de Sorel, mais où exactement, nous n'en savons rien.  Le fait que nous n'avons pas trouvé l'acte de mariage, nous ne pouvons savoir dans quelle paroisse le mariage a été célébré.

 

 

 

Les seigneuries de Saint-Ours et de Contrecoeur étaient voisines l'une de l'autre.  Toutes les deux étaient situées dans la vallée du Richelieu.  Elles étaient reconnue à l'époque comme très dangereuse, étant située dans le territoire des indiens de la tribu Iroquoise qui, pour éviter de passer devant le fort de Sorel, empruntaient ces deux seigneuries afin de se rendre au grand fleuve. 21

Les premiers registres de la paroisse de Contrecoeur débutent en 1668, année de la démobilisation  de la majorité des soldats du régiment de Carignan.  Les registres contenant les actes tant convoités, furent détruits par le feu lors de raids Iroquois contre les villages de Saint-Ours et de Contrecoeur.  C'est pour cette raison que nous n'avons pu retracer l'acte de mariage de Pierre  et Marguerite.  C'est aussi pour la même raison que nous ne pouvons retrouver les actes de baptême  des premiers enfants du couple Mesnard / Deshaies, car à cette époque les actes de baptêmes, mariages et sépultures pour les seigneuries de Saint-Ours et Contrecoeur, étaient tous enregistrés par les missionnaires en la paroisse de Contrecoeur.

De 1663 à 1673, Anne Gasnier qui accompagnait les groupes de Filles du Roy durant la traversée entre la France et la colonie, a vu à leur mariage et tâché de rendre plus facile leur établissement. Cette femme a signé 304 fois aux contrats de mariage des Filles du Roy, dont 70 contrats en 1670.22   

Le contrat de mariage de Marguerite Deshaies était-il parmi ces derniers?  Si oui, j'aimerais bien savoir avec quel notaire ce contrat a été rédigé et à quel endroit il se cache, car nous  ne l'avons jamais  retrouvé.  Quoi qu'il en soit, si la rencontre de Pierre et Marguerite a été faite au fort de Sorel, il a fallut que ce couple retourne en la seigneurie de Saint-Ours  d'où la résidence des nouveaux mariés.  À l'époque, le seul chemin qui pouvait être emprunté, était le fleuve Saint-Laurent.  Donc Pierre et Marguerite ont dû prendre un canot ou une chaloupe pour se rendre à Saint-Ours.  Pouvaient-ils faire ce trajet d'environ 15 Km. en une seule journée?  

Les maisons étaient très éloignées les unes des autres, enfermées dans une frondaison épaisse. Il n’y avait pas de route praticable, seulement le chemin de l’eau et en hiver, raquettes aux pieds, on devait franchir lacs et rivières gelés. « Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’hiver » auraient-elles pu chanter bien avant le poète Gilles Vigneault. 23

Malgré ces mésaventures, il fallait s'attendre qu'après un mariage, il y avait risque de voir une naissance arriver l'année suivante. Pour leur premier enfant, Marguerite Deshaies mis au monde une fille, Marie-Marguerite  du nom de sa mère, née probablement à Saint-Ours vers 1670-71, puisqu’elle avait 10 ans au recensement de 1681, et enregistrée en la paroisse Saint-Pierre de Sorel par le missionnaire.

 

Note : Suite à une étude de la Société d’histoire de la seigneurie de Chambly ;

J’ai de la difficulté à croire ce qui est écrit dans certains ouvrages en rapport à l’endroit de la célébration des B.M.S., à moins que les registres de la paroisse l’indiquent clairement.  Les prêtres missionnaires des paroisses de cette époque étaient rares, ces derniers étaient souvent appelés à desservir plusieurs autres paroisses que la leur.  Ces missionnaires se transportaient d'une paroisse à une autre, souvent en canot, écrivaient leurs actes sur une feuille mobile ou tout simplement sur un bout de papier, qu’ils reportaient ensuite au registre de leur paroisse respective.  Donc, il ne faut pas s’étonner de voir des actes de B.M.S. enregistrés dans d’autres paroisses que celle du susnommé.  C’est le missionnaire qui se déplaçait et non l’habitant.  Ainsi une parution dans le registre de Sorel d’un résident de Contrecoeur ou de Saint-Ours, ne veut pas nécessairement dire que l'acte a été fait à Sorel. Pour la famille de Pierre Mesnard et de Marguerite Deshaies, plusieurs actes sont déclarés avoir été fait à Sorel, ce qui est impensable.  La preuve est que Geneviève, le quatrième enfant de Pierre et Marguerite a été enregistrée dans cinq paroisses différentes, à savoir ; Contrecoeur, Verchères, Sorel, Boucherville et Notre-Dame de Montréal Qc., Canada.  Donc à vérifier avec exactitude avant d'écrire.

 

 

De quelle façon Marguerite Deshaies a-t-elle accepté ce genre de vie en Nouvelle-France? De Rouen, grande ville très populeuse à l'époque du départ des Filles du Roy  et le fort de Sorel situé en pleine forêt remplie de moustiques ou insectes piqueurs, je dirais même suceurs de votre sang sans en demander la permission appelé "Maringouin", ce changement de vie est énorme et  inimaginable pour ces nouvelles venues. Je crois que seule la personne concernée aurait pu répondre à cette question. Quoi qu'il en soit, Marguerite dû s'être adaptée à ce nouveau mode de vie, car Pierre  et Marguerite ont quand même vécu plusieurs années ensemble, et malgré les attaques répétées des indiens, ce couple n'a pas trop eu de malchance. Car au recensement de 1681, soit dix ans après la naissance de leur premier enfant, ce recensement nous confirme cinq enfants vivants, à savoir : Marie-Marguerite (du nom de sa mère) 10 ans, Pierre (du nom de son père) 9 ans, Madeleine 7 ans, Geneviève 4 ans et Catherine 2 ans.  Ils avaient à leur crédit ; 1 fusil, quatre bêtes à cornes et six arpents de terre en valeurs, c'est-à-dire cultivable. 24    

Pierre aurait dû avoir environ 24 arpents de terre en valeur après une douzaine d'années de défrichement, d'après l'ordonnance de Talon du 22 mai 1667, qui exigeait deux arpents abattus et mis en culture par année. 25  Alors, pourquoi qu'après treize ans, avait-il défriché que seulement six arpents au recensement de 1681?  Est-ce que ce seraient les métiers menés en parallèle avec celui de colon qui auraient retardé la mise en valeur de sa concession ?  Peut-être.

Son minutier de notaire n'était pas très volumineux, mais il faut se rappeler que les populations de Saint-Ours et de Contrecoeur au recensement de 1681, ne comprenaient ensemble que vingt six ménages ou familles.  

La maison du couple Mesnard / Deshaies, bien que rudimentaire, était quand même très habitable et de construction soignée.  Par contre, les accessoires à l'intérieur étaient très restreints.  Une table en pin, deux chaises, un genre de bahut servant de cabinet pour ranger une très veille marmite, quelques plats et écuelles que Pierre s'était procurés, ainsi que quelques ustensiles en bois qu'il avait fabriqués.  Marguerite  en voyant ce spectacle, dû certainement se poser la question : "Ai-je bien fait de venir m'établir en Nouvelle-France?"

 Au recensement de 1681 nous disions que Marguerite avait enfanté cinq enfants, dont sa dernière  petite fille Catherine avait deux ans.  Cette famille augmentera encore de deux autres garçons, soit Adrien né  le 29 octobre et baptisé le 08 novembre 1682 à Saint-Ours  et François-Marie né et baptisé le 19 décembre 1685 au même endroit.

En juillet 1688, les Indiens de la tribu des Agnier débouchent de la rivière Richelieu, brûlant maisons et abattant bestiaux à Contrecoeur, Saint-Ours et Sorel, 26  Jusqu'à quel point, Pierre et Marguerite, ont-ils pu  protéger les enfants de ces attaques?

Il est vrai qu'à cette époque, Saint-Ours et Contrecoeur avait une  enceinte où les colons pouvaient aller se réfugier durant les attaques.  Au premier temps de leur vie de couple, combien de fois Pierre et Marguerite ont-ils été obligés de pénétrer dans l'enceinte du fort de Saint-Ours pour se protéger de ces attaques iroquoises ? 

(Note : Saint-Ours, Contrecoeur et Verchère ainsi que la plupart des seigneuries avaient leur propre fort ou enceinte.)

 

 

* * * * *

 

Entre temps, Marguerite en plus d'avoir mis au monde ses  enfants, a dû certainement rencontrée des moments difficiles à part les attaques indiennes?

 

En 1687, une espèce de maladie contagieuse avait enlevé 1400 personnes au Canada.  Et de plus, fut suivie d'une famine qui a durée plusieurs années. 27

 

Entre 1689 et 1694, en plus des attaques indiennes, vient se greffer trois mauvaises récoltes. 28  

En 1691, les villages de Saint-Ours et de Contrecoeur sont encore une fois ravagés par les Indiens.  Ils brûlèrent plusieurs habitations et exercent des ravages durant huit jours. 28  Pierre et ses fils se sont certainement battus corps et âmes, afin de sauver le plus de biens possibles ; animaux et bâtiments.  Par contre, je crois bien que dans des moments semblables, on essaie surtout de sauver sa peau et celles des siens avant de penser à autres choses.

Je dis que Pierre et ses fils se sont battus, pourquoi pas aussi ses filles, elles avaient quand même de 12 à 20 ans.  Madeleine de Verchères n'avait-elle pas 14 ans lorsqu'elle défendit le fort ?  Elle savait se servir d'un fusil, ce que savaient faire plusieurs enfants de cet âge à cette époque.  La survie en dépendait.

Les actes notariés de Pierre Mesnard dit Xaintonge se terminent en août 1693.  Serait-ce le départ pour l'au-delà ?  Je ne peux le dire, puisqu'on ne peut retrouver son acte de décès, ce dernier ayant été probablement brûlé tel que dit précédemment.  Je peux cependant supposer qu'il est décédé entre le 28 août 1693, date de son dernier contrat, et le 21 janvier 1695, date du contrat de mariage de son fils Pierre-2 à Suzanne de La Porte, dans lequel il est dit que Marguerite Deshaies était veuve de Pierre Mesnard

 

 

* * * * *

 

La famille Mesnard ou Ménard, jusque vers 1710, on écrivait Mesnard.  Par la suite, surtout pour les actes d'état civil, les curés écrivaient Mesnard ou Ménard, et même les deux façons sur le même acte.

Donc la vie de Pierre Mesnard dit Xaintonge n'aura duré qu'environ 57 ans, dont trente-trois de ces années auront été passées en compagnie de son épouse  Marguerite Deshaies au Grand Saint-Ours.

 
Tel que dit précédemment, nous savions que Marguerite ne savait ni lire ni écrire d'après les données que nous avions.  Le seul endroit où son  nom a été inscrit sur des actes, est naturellement sur le contrat de mariage de son fils Pierre-2 marié à Suzanne de LaPorte dite Saint-George, en date du 21 janvier 1695, nous révélant qu'elle était veuve de son époux.  La deuxième fois, c'est sur un acte de baptême en tant que marraine de son petit fils Pierre Payet en date du 24 janvier 1701, fils de Geneviève Mesnard et de Guillaume Payet son  époux.

Ne sachant la date exacte du décès de Pierre Mesnard dit Xaintonge, Marguerite Deshaies sa femme, lui survécu de quatorze à seize ans de plus.  Elle décéda à Repentigny à l'âge de soixante-trois ans, le 17 novembre 1709.  A cette époque, elle habitait probablement chez sa fille Marie-Madeleine Mesnard mariée à Pierre Chevalier résident de Repentigny.

Ainsi donc, après avoir enfantée et élevée sept enfants dans des conditions pas toujours faciles, Marguerite Deshaies n'aura certainement pas eu la chance de revoir son pays la France, mais aura aidé à peupler son nouveau pays le Canada.

Leurs sept enfants ont survécu jusqu'à l'âge adulte, se sont tous mariés, et ont élevés leur propre famille.  Ils se sont ralliés aux familles Gélineau, DeGuire dit Larose, Gauthier dit Landreville, Giard, Émery dit Coderre, Gareau, Allaire, Chaillé, Lamoureux et Martin.  De ces mariages, soixante-huit enfants y verront le jour.

 

* * * * *

 


Ces jeunes femmes, qui ont choisi de faire face à l'inconnu en s'engageant courageusement dans cette aventure migratoire, l'ont fait pour diverses raisons.  Certaines l'ont fait de leur plein gré, mais d'autres, par désespoir.  Chacune a sa propre histoire, mais toutes ont laissé derrière elles un héritage remarquable, par leur nombreuse descendance, concentré dans le Canada, mais aussi dispersée ailleurs dans le monde.  Le succès de l'entreprise colonial française en Amérique du Nord au XVIIème siècle doit beaucoup au courage et à l'ardeur au travail de ces pionnières.  Et, par voie de conséquence, le Canada d'aujourd'hui en bénéficie tout entier.29
 

Que de chemin parcouru depuis l'année de son arrivée à Québec en date du 31 juillet 1670 et le  17 novembre 1709, année de son départ pour l'au-delà à l'âge de 63 ans.  J'aurais aimé être là pour la remercier des efforts qu'elle a dû endurer, pour avoir mit au monde ces enfants qui ont créés la lignée des Mesnard et Ménard dit Saintonge, dont je suis fier d'en être un descendant.

   

Bibliographie

1- Pierre Boucher : Histoire véritable et naturelle du pays de la Nouvelle-France vulgairement dite Canada, pp.155-56. Société Historique de Boucherville 1964

2- Gustave Lanctôt : Filles de joie ou filles du Roi, p.82, Éditions du jour, Montréal, 1967

3-Maud Sirois-Belle: Jeunes Parisiennes parties pour la Nouvelle-France au XVIIe siècle.  Société d'histoire des Filles du Roy. Février   2013

4-Anne Hébert: Bulletin  Mémoires vives, Les Filles du Roy, Bulletin n°32, juin 2011, Des bords de Seine aux rives du Saint-Laurent   1663-1673

5- Anne Hébert; op. cité

6- Anne Hébert; op. cité

7-Irène Belleau Société d'histoire des Filles du Roy

8-Lettre de Talon au ministre Colbert 29 août 1670 RAPQ 1930-1931, p.116-117

9- Histoire de Rouen par Henry Decaëns, p.116; Éditions Jean-Paul Gissero 

10- Généalogie pour tous, 800 filles à marier; Louis-Guy Lemieux, Le Soleil

11- Anne Hébert; op. cité

12- Anne Hébert; op. cité

13- Claude Faribault; Mémoires SGCF : 1992, vol.43, No.3, p.198 à 208

14- Musée de la civilisation, fonds d'archives du Séminaire de Québec 

      Gustave Lanctôt : op. cité, p.74

15- Maud Sirois-Belle, Paris, mars 2011- Société d'histoire des Filles du Roy.

16- Les Filles du Roi par Robert Chenard; French Connection.

16a- J.C.B.: Voyage au Canada dans le Nord de l'Amérique Septentrionale de 1751 à 1761,

         Québec, Imprimerie Léger Brousseau, 1887

17- Louise Dechêne : Habitants et Marchands de Montréal au XV11ième siècle, p.238 Paris

       et Montréal,  Plon 1974

18- Louise Dechêne : op. cité, pp.271-273

19-Silvio Dumas: Les Filles du Roi en Nouvelle-France, Cahiers d'Histoire No.24, SHQ, p.117 et 119

20- Marcel Trudel: La population du Canada en 1663, p.151, Montréal, Fides 1973

21- Couillard Després : Histoire de la Seigneurie de Saint-Ours, t.1, p.47-49 Mtl. Institution des Sourds- 

        Muets 1915

22- Musée de la civilisation, fonds d'archives du Séminaire de Québec 

23- Anne Hébert; op. cité

24- Benjamin Sulte ; Histoire des Canadiens Français de 1608 à 1880, vol.5, p73, Montréal Qc.

25- P.G. Roy : Ordon., Com., etc.,  des Gouverneurs et Intendants de la Nouvelle-France, vol, 1, p.66.

       Beauceville,  L'Éclaireur, 1924

26- Gustave Lanctôt : Histoire du Canada, vol.2, p.142

27- François Vachon de Belmont: Histoire de l'eau-de-vie vue en Canada, pp. 16-17

28- Couillard Després : op. cité, p.90

29- Mes Ancêtres: Note Historique par Maxime Trottier dans le livre "Seul au Nouveau Monde" Édition   

Scolastic 2003

 

 

 

Note personnelle: Nous nous étions souvent dit que, si nous pouvions trouve  le nom de Marguerite  et Marie DESHAIES à un endroit quelconque  de la région de Rouen, nous pourrions hypothétiquement connaître le nom de leurs parents.  J'ai bien dis hypothétiquement, car nous ne pourrons jamais savoir ou prouver si ces deux jeunes demoiselles sont les Filles du Roy recherchées.

 

À force de recherche, j'ai trouvé une Marguerite DESHAIES née le 24 août 1645, fille de Jacques DESHAIES et de Marguerite SANSSON, en la paroisse Saint-Jacques de Dieppe, Haute-Normandie, Seine-Maritime Fr. (76)

 

 

Facsimilé de l'acte de baptême de Marguerite

Marie DESHAIES, née le 15 avril 1647, fille de Jacques DESHAIES et de Marguerite SANSSON, en la paroisse Saint-Jacques de Dieppe, Haute-Normandie, Seine-Maritime Fr. (76)

 

 

Facsimilé de l'acte de baptême de Marie

Si nous poursuivons notre étude sur ces deux filles, d'après la date de décès de Marguerite DESHAIES le 17 novembre 1709, à l'âge de 63 ans, cela  nous donne 1646 pour sa naissance.

Celle de Saint-Jacques de Dieppe serait 1645

D'après la date de décès de Marie DESHAIES en date du 18 décembre 1707 à l'âge de 64 ans, cela nous donne 1643 pour sa naissance.

Celle de Saint-Jacques de Dieppe serait 1647

Nous savons que les âges inscrites aux actes de sépultures sont souvent irréelles et trompeuses.  Nous savions aussi que Marguerite et Marie avaient deux ou trois ans de différence entre elles.  Celles de Saint-Jacques de Dieppe ayant deux ans de différence entre elles, pourrions-nous croire que ce sont les deux Filles du Roy que nous cherchons?  Peut-être, mais comme je l'ai mentionné au début, cela ne reste qu'une hypothèse, et une hypothèse n'est pas une réalité en généalogie.

Gérald Ménard

Varennes 14 mars 2013

 

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