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Marins et corsaires

     
 


Pierre GUILLOT
marin de La Rondehaye

1726-1756

 par Alain Aubril

 
   
Lorsque nous consultons les registres des baptêmes, mariages et sépultures dans des paroisses de l’ancien régime en retrait de la côte, ce n’est pas ce genre de profession que l’on pense découvrir.

 Et pourtant, en parcourant les pages où sont enregistrés les actes religieux de Muneville le Bingard, nous trouvons sur le registre de 1755 à 1759 en page 130, la requête[1] d’une jeune veuve, Geneviève OSMONT, adressée à Monsieur le Bailly de Cotentin ou Monsieur son lieutenant général civil.

Qui donc pouvait bien être ce Pierre GUILLOT de Muneville le Bingard ?

La requête indique que le marin s’était embarqué en 1755 sur le navire « Le brillant » puis au retour de la pesche à la morue sur le navire « La Louise ».

Le site www.migrations.fr affiche entre autres des dépouillements de rôles d’armement de navire qu’un groupe d’internautes français et canadiens ont patiemment décortiqué, transcrit et mis en ligne sur le site.

Une recherche rapide sur la page d’accueil avec le nom et le prénom du marin nous ramène quelques propositions qui s’avèrent cohérentes avec notre découverte.

Il y a bien un Pierre GUILLOT qui est embarqué sur la « La Louise»[2]  le 25 avril 1755. Il est dit de La Rondehaye (paroisse adjacente à celle de Muneville le Bingard), âgé de 29 ans, de taille moyenne et aux poils châtain. La Louise est un navire de 150 tonneaux construit en 1742, appartenant à un Sieur HUGON, la cocquerie de Granville. Il est en partance pour le petit nord sous le commandement de Jean FOUGERAY avec 67 hommes à bord. Parmi les autres marins, nous avons aussi Guillaume GUILLOT âgé de 19 ans de La Rondehaye et Richard LAISNÉ, de Blainville, 46 ans.

Pour en savoir plus sur l’armateur, Pierre HUGON, sieur de la Coquerie, nous pouvons consulter un autre site  www.e-hubert.com où une autre bande d’internautes a consulté et mis en ligne des généalogies issues de dispenses de consanguinité de l’évêché de Coutances. Pierre HUGON, père d’une suppliante et sieur de la Coquerie y est témoin et un morceau d’ascendance y est décrit[3].

 

Revenons à Pierre GUILLOT, si nous remontons les années nous trouvons qu’il s’est embarqué

-        En 1754 sur le navire La Sirenne où il est âgé de 27 ans

-        En 1753 sur le navire Le Brillant (26 ans)

-        En 1752 sur le navire Le Brillant (25 ans)

-        En 1751 sur le navire La Marguerite (24 ans)

-        En 1750 sur le navire Le Charles-François (23 ans)

-        En 1749 sur le navire Le Joseph (22 ans avec la mention de 1er voyage)

L’année 1755 est donc l’année de son septième voyage à Terre Neuve pour pêcher la morue.

 


Flibot
Tiré du Traité général des pesches, par Duhamel du Monceau, 1772
(Bibliothèque nationale du Canada)


 Mais c’est aussi l’année où il convole en justes noces car quelques jours avant d’embarquer, le 19 avril, le registre des naissances et mariages de Muneville
le Bingard révèle que Pierre GUILLOT, navigant et fils majeur de feu Siméon et de Françoise LEGIONNET, de La Rondehaye, épouse Geneviève AUMONT, fille mineure de Thomas et de Geneviève LEPLANQUAIS après dispense du dernier ban. Sans doute la date du départ était-elle trop proche pour permettre cette ultime publication avant le mariage.

Ce mariage avait été précédé de la rédaction d’un contrat[4] ou pactions le 7 avril 1755 par devant Jacques Georges LEMOIGNE, notaire royal à Saint Sauveur Lendelin.

 Cependant l’union réelle est bien éphémère. Dans la requête, l’épouse mentionne que le navire La Louise « fut pris par les Anglois le 20 octobre 1755 et conduit à « Persemouth[5] » (sic) en suite de quoi il fut pris de mal et fut conduit à l’hopital de Gaspard (sic) proche la ville de Porchemouth (sic) où il mourut le mois de may mil sept cents cinquante six.

Le site Migrations confirme aussi que le navire fut pris par les anglois mais sans mention de date précise.

Les faits sont justifiés dans une lettre missive écrite par Guillaume GUILLOT au château de protestaire le 15 juin 1756. Dans cette lettre controlée à Périers le 12 février 1757, il apparaît que Guillaume GUILLOT, prisonnier, annonce à son père la mort de Pierre GUILLOT, son cousin en ces termes : Je finis de vous écrire pour a present vous direz a la famme(sic)  de Pierre GUILLOT que son marin (sic) est mort il y a troy mois…….J’ay reçu une lestre pour Pierre GUILLIOT, defunst qui me marque que vous estes en pied ce qui me fait un sensible plaisir…

 Par ailleurs il est attesté par acte testimonialle(sic) passé devant les notaires de cette ville (Coutances ?) le 10 juin dernier par Guillaume POTERIE[6] épicier de cette ville et par Charles MADELAINE[7], officier navigant où il est rapporté que luy dit POTERIE delivra l’extrait mortuaire dud[it] Pierre GUILLOT des infirmiers et du chirurgien major dud[it] château de Protestaire(sic), lequel il envoya au sieur prefontaine GUILLOT de la paroisse de La Rondehaye. Cet acte rapporte encore que lesd[its] POTERIE et MADELAINE ont vu vendre les hardes et nipes dud[it] Pierre GUILLOT par Guillaume GUILLOT, son cousin dans led[it] château

 


Eglise Saint-Pierre
Muneville-le-Bingard

Source image :
Wikipédia

Enfin, Richard LAISNÉ, marin de Blainville embarqué avec Pierre GUILLOT a passé un acte devant BOIVIN, notaire à Linverville le six de ce mois (juillet 1758) et controllé de 10 par lequel il atteste avoir vu mourir led[it] Pierre GUILLOT aud[it] hopital de Gaspard en angleterre le mois de may audit an 1756 où l’attestant estoit lui mesme malade et ateste en outre avoir envoyé l’extrait de mort dud[it] Pierre GUILLOT a sa famille.

Voici donc comment est relatée la mort de notre marin dans la requête présentée par Geneviève AUMONT. Il est également indiqué qu’aucun des actes mortuaires envoyés à la famille n’a été représenté par aucun des parents. Le rédacteur présume qu’au moins un des deux est parvenu mais que peut-être ont-ils eu des vues d’interests mal entendus de ne pas le faire parroistre soit pour se dispenser de payer quelques droits royaux ou de délivrer les droits coutumiers a la veuve.

La recherche de l’acte de baptême à La Rondehaye fut faite en tenant compte de l’âge indiqué au départ des navires sur le site migrations.fr. La qualité des registres ne permet pas d’être totalement formel car le prénom de l’enfant est absent mais l’acte de baptême d’un fils pour Siméon GUILLOT et Françoise LEGIONNAIS, en novembre 1726 semble parfaitement correspondre aux renseignements détenus au travers des autres documents étudiés.

Mais la veuve, dont l’union fut si courte qu’aucun enfant ne paraît en être issu, quel fut son destin ?

Geneviève AUMONT était mineure et  orpheline de père à son mariage le 19 avril 1755. Comme de nombreuses femmes de marins, elle devait attendre le retour de son mari dans l’angoisse des périls de mer ou dans l’attente de la libération des prisonniers.

Avait-t-elle été informée dès 1756 par sa belle-famille ? Bien difficile de le savoir avec ce dont nous disposons.

Cependant, elle renonça à la succession de son premier mari.

C’est le 5 aout 1758 qu’elle s’est remariée avec un marchand colporteur de Muneville le Bingard, Toussaint MALLET fils de Pierre et de Scholastique LEGOUBEY car l’accord du remariage fut accordé le 12 juillet.

Son premier fils, Jean Baptiste, fut baptisé à Muneville le Bingard  le 25 avril 1759.
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Eglise St Martin de La Ronde Haye


(Si cette photo vous appartient
me contacter merci)
 

[1] Requête présentée par Geneviève OSMONT à Monsieur le Bailly http://recherche.archives.manche.fr/?id=viewer&doc=accounts/mnesys_ad50/datas/ir/etat_civil/FRAD050_etat_civil.xml&page_ref=670072&lot_num=1&img_num=130

[2]Dépouillement du navire La louise sur le site Migartions.fr   http://www.migrations.fr/NAVIRES1755/lalouise104_1755.htm
 

[3]Dispense Marie Catherine HUGON et François PERRÉE.  http://www.e-hubert.com/bases50/dispenses-detail.php?id=8008

[4] Source : Archives départementales de la Manche, cote 5 E 25553.
[5] Il s’agit vraisemblablement du port de Portsmouth en Grande Bretagne
[6] Sur le site Migrations.fr, Guillaume POTERIE apparait comme maître d’hôtel sur le navire « Le Jacques Marie » en 1754 mais ne figure pas sur les navires de 1755 au départ de Granville.

[7] Sur le site Migrations.fr, Charles Madelaine apparait comme l’un des quartier maître sur le navire « Le Brillant » en 1755.

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